vendredi 4 mai 2012

Health-Pride: les nouveaux métiers de la santé publique


"Le médecin n'est pas au service de la science, de la race ou de la vie. C'est un individu au service d'un autre individu, le patient. Ses décisions se fondent toujours sur l'intérêt individuel." Théodore Fox, ancien rédacteur en chef du Lancet

Petits détournements de textes...

Les nouveaux métiers de la santé publique

"Un bataillon d’agents de coordination des réseaux ouvre la marche, suivi presque aussitôt par un peloton d’accompagnateurs de personnes vulnérables, puis arrivent en rangs serrés les compagnies d'actuaires des risques financiers, de soignants polycompétents, d’agents d’ambiance, d’adjoints à la qualité, de coordinateurs de filières, de formateurs à l'éducation thérapeutique, de psycho-esthéticiens, d'agents de saisie médico-économique, d'agents d'éthiconomie appliquée, d’agents de médiation, de commissaires à la démocratie sanitaire , d’agents de promotion de la santé et j’en passe énormément. Ferme le cortège un petit groupe hilare d’accompagnateurs de personnes dépendantes placées en institution, talonné par des cadres experts en organisation des soins et des conseillers à la performance en direction des hôpitaux désorientés. Musique. 
Vers le ciel d’azur s’envolent des ballons, un camion-grue déguisé en sapin de Noël s’élance en grondant, la foule massée des deux côtés de l’avenue applaudit sauvagement, le monde retrouve enfin sa base. Le handicap est rassuré, la vieillesse respire. Le Tissu Social en cours de réparation frémit d’aise, les réjouissances ne font que commencer. Non non non, il ne s’agit pas d’une parade des arts de la rue, il s’agit des nouveaux métiers de la santé, réunis dans un rassemblement imaginaire tel qu’il pourrait se présenter à l’occasion d’une fête géante, une sorte de , je  sais pas moi, une sorte d’Halloween à l’échelle nationale, une Love-Parade en plein Paris, une Health-Pride mais oui pourquoi pas ?! Une Health-Pride. 
Quel besoin, dans ces conditions, pour l'énarchie de santé publique, de chercher à bricoler une nouvelle thématique, un projet, des propositions originales et crédibles ? Pour séduire qui ? Les médecins, les directeurs ou les élus d’avant ? Ceux qui auraient ricané à l’idée de se balader dans un concept soutenu par une idée, elle-même suspendue à une théorie ? Ils n’existent déjà presque plus. Le réaménagement abstrait du territoire est en train de forger son peuple ainsi que ses nouveaux matons de Panurge. "



Contre l’insurrection managériale de marché

"Un pouvoir insurrectionnel s'est établi en médecine par un pronunciamento gestionnaire.

Les coupables de l'usurpation ont exploité la passion des cadres de certains établissements, fédérations et associations, l'adhésion enflammée d'une partie de la population et de certains élus qu'égarent les craintes et les mythes, l'impuissance des médecins submergés par la conjuration.

Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de ministres ayant pour doctrine gouvernance d'entreprise, gestion administrative des résultats, concurrence encadrée et privatisation. Il a une réalité : un groupe d'économistes et de grands commis de l'Etat, partisans, ambitieux et fanatiques, acquis aux principes de l'Ecole de Chicago. Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire expéditif et limité. Mais ils ne voient et ne comprennent la médecine et la santé que déformées à travers leur frénésie de rationalisation managériale de marché. Leur entreprise conduit tout droit au rationnement des soins et à un désastre national.

Car l'immense effort de redressement de la santé et de l'hôpital public, entamé depuis le fond de l'abîme, affermi grâce aux acquis du Conseil national de la résistance en matière de santé et de protection sociale , mené ensuite jusqu'à ce qu'en dépit de tout la victoire sur de nombreuses maladies fût remportée, l'autonomie professionnelle garantie, la solidarité nationale instaurée, notre rang au dehors pour la reconnaissance de notre médecine renforcé, tout cela risque d'être rendu vain, par l'aventure odieuse et stupide des nouveaux ingénieurs de la santé. Voici le service public vaporisé, la solidarité défiée, l'efficacité de notre médecine ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place dans l'organisation des soins, de l'enseignement et de la recherche compromis. Et par qui ? Hélas ! Hélas ! Par des hommes dont c'était le devoir, l'honneur, la raison d'être, de promouvoir un système de soins accessible, solidaire et fait de juste soin au juste coût"

Médecins, soignants, directeurs, usagers, élus ! Voyez où risque d'aller la santé en France, par rapport à ce qu'elle était en train de devenir.

Il est difficile hélas, de détourner un discours de Charles de Gaulle sans l'alourdir un peu... 

Commentaire: Machiavel est-il plus avisé qu'Hippocrate?


"La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. Préambule de 1946 à la Constitution de l'organisation mondiale de la santé (OMS)."

Notons d'emblée, comme l'a si bien relevé Petr Skrabanek, brillant éditorialiste du Lancet et auteur de "La fin de la médecine à visage humain", que cette définition suppose l'identité de la santé publique et de la politique entendue comme "art de rendre les peuples heureux" depuis Aristote.

La santé publique est une noble science. Elle étudie l'épidémiologie, les déterminants de santé des populations et les méthodes permettant d'améliorer la santé des populations. Nul ne peut être contre la santé publique. Mais la santé publique est toujours en tension avec la clinique, en d'autres termes avec la médecine qui s'occupe avant tout de l'intérêt individuel du patient. L'objectif de la santé publique est le bien commun, celui du médecin est d'abord le bien du patient qui lui a fait confiance. La santé publique risque aussi un extrémisme scientiste et constructiviste, prompt à modeler et régenter les attitudes et les comportements, dès lors qu'elle tend à se définir comme « activité organisée de la société visant à promouvoir, à protéger, à améliorer et, le cas échéant, à rétablir la santé de personnes, de groupes ou de la population entière. » Cette tension irréductible entre Hippocrate et Machiavel, entre médecine et politique est une réalité internationale qui est souvent gommée par notre tradition jacobine. Les dernières décennies, la prise de contrôle politique de la maîtrise des dépenses de santé a entraîné l'accélération considérable, à des fins de propagande, de la confusion des concepts entre santé publique et politique (tarte à la crème d'une "démocratie sanitaire" et de "machins" d'agence qui n'ont jamais autant exclu les parties prenantes en prétendant les associer). Les liens entre clinique et santé publique sont aujourd'hui réglés par l'évolution des politiques publiques de santé, elles-mêmes très largement déterminées par l'analyse des risques financiers.

La médicalisation excessive de la société pour les uns (Jules Romain, Illitch, Foucault), la "fin de la médecine à visage humain" pour les autres (Petr Skrabanek et autres anti-Knock) sont les deux visages d'une même crainte, la prise de contrôle de la décision médicale sous couvert de la notion "d'imputabilité" envers les populations, mais avant tout des finances publiques et de la rationalité managériale pour l'orienter en fonction d'injonctions de nature gestionnaire.

Nul ne peut contester que le médecin, mais cela s'applique aux autres professionnels de santé, s'il reste avant tout au service du patient, doit aussi prendre en compte dans sa pratique un certain degré d’imputabilité des dépenses qu'il ordonne de fait, tout en gardant farouchement l'autonomie de sa décision médicale. Celle-ci doit rester, et c'est cela que les malades et les élus doivent comprendre de toute urgence, libre de la double "relation d'agence" (dans la théorie de l'agence il est à la fois l'agent du patient et en même temps celui soit du directeur de son établissement soit directement de l'organisme payeur pour les professionnels libéraux. Celles-ci l'obligent à intérioriser des choix tragiques faits au niveau politique et à trahir la confiance de son patient. C'est hélas l'effet de systèmes de paiements comme la T2A et il seront inévitablement aggravés par le P4P le pay for merformance dont on sait qu'il n'a nulle part fait ses preuves et qu'il ne peut qu'aller dans le sens de cette effroyable  prophétie auto-réalisatrice pour économistes de la santé semi-habiles qui est de transformer le médecin en idiot rationnel. 

Machiavel n'est pas plus avisé qu'Hippocrate. La science sur laquelle s'appuient les politique publiques de santé est trop humaine. Elle repose sur des modèles peu sûrs, sur des données bâties selon ces modèles, sur des statistiques et des interprétations dont les heuristiques sont celles de la disponibilité des données et des paradigmes du modèle même qui les a produites. Ainsi les boucles auto-référentielles sont-elles multiples, et la sagesse pratique d'Aristote s'impose plus que jamais pour justifier l'autonomie de décision des équipes cliniques au contact du public. Ces systèmes micro-économiques sont le lieu de la conciliation de la qualité des soins et de l'efficience, le seul qui peut combiner le sens de l'action, ce que sait la main, le souci de l'autre individu qui est là, qui est angoissé et qui souffre en même temps que celui du bien commun.

Cela dit, reste à organiser l'intelligence territoriale et collective entre les parties prenantes, qui dépend de la subtile synergie entre le "let it happen" et le "make it happen".

dimanche 29 avril 2012

Le dilemme des Soins de Suite et de Réadaptation: des parcours semés d'embûches


Pas de réadaptation sans solidarité.





Dans tous les pays du monde les hôpitaux tendent à se structurer et se financer en séparant un secteur aigu et un secteur post-aigu. 

Cette restructuration est partout confrontée au même paradoxe de la fragmentation, avec une acuité particulière en France du fait de la fragmentation entre soin et social.
La structuration des SSR obéit à la double contrainte de fournir des soins de qualité répondant aux besoins de patients en phase post-aigue et de résoudre simultanément les apories du financement des soins hospitaliers aigus en particulier au regard de problématiques médico-sociales non captées par le système d'information. 
Les SSR français tendent, du fait des méthodes de cost-killing appliquées par les nouveaux managers de santé, à devenir des structures médico-sociales déguisées. Cette situation est aggravée par la paralysie croissante du réseau réel entre établissements de soins, soins de ville, secteur de l'action sociale et médico-sociale. Les nouveaux produits managériaux de la loi HPST n'y peuvent rien: ils ignorent de façon aussi dogmatique que systématique les contraintes de la micro-économie, le niveau clinique de l'organisation des soins au contact du public. Ils ignorent tout autant, de ce fait, les réseaux réels.

Les SSR sont ainsi confrontés à une injonction paradoxale:

1 Segmenter les séjours après un évènement aigu selon une logique économique. Lorsque les soins deviennent moins intensifs mais nécessitent la poursuite de l'hospitalisation par défaut des réseaux sanitaires, familiaux et et sociaux de soutien, la filière, la trajectoire, le parcours sont alors appréhendés dans la durée d'un épisode de soins déclenché par un évènement aigu. Cette logique conduit à la vision en "filière inversée" (formule de John K. Galbraith), en flux poussés, en chaîne de production structurée selon un modèle amont-aval ou prime la production et le dé stockage de l'amont.
La T2A y surajoute un comportement d'aléa moral, le transfert de soins et de charge, qui augmente la productivité et la "rentabilité" au regard des indicateurs mis sous concurrence encadrée.

2 Assurer de soins spécifiques de qualité quand il sont prolongés, qu'ils soient curatifs, palliatifs, de réadaptation et/ou préventifs. Ces soins nécessitent des compétences, installations et des équipements spécifiques, organisées en structures intégrées et en réseau.

Organiser des soins "centrés sur le patient", ce n'est pas étiqueter le patient dans une "filière" décrivant a priori son parcours, souvent ségrégative, l'enfermant dans une "clientèle" dont il aura bien du mal à sortir, quand ses besoins sont imprévisibles et vont évoluer. C'est au contraire le mettre au coeur d'un réseau d'acteurs, qui sont autant de noeuds d'un réseau social entre lesquels circulent des biens et des services et dont il est lui-même acteur, partie prenante plus que légitime.

Il faut donc penser parcours et réseau à la fois, gérer le paradoxe entre contraintes économiques liées à un système d'organisation et de financement imposé et réponse aux besoins des patients par des soins de qualité. Celle ci suppose une réponse structurée à chaque étape de la chaîne de soins, selon les besoins de patients, les procédés de travail, les technologique requises, et l'état de l'art fondée sur les preuves.

Le parcours de soins: nouveau buzzword ou novlangue?

Une définition hospitalo-centrée des parcours?

"Ensemble d'étapes que le patient va suivre tout au long de la trajectoire déterminée par sa maladie et par la spécificité de la situation, depuis son admission à l'hôpital jusqu'à la sortie en passant par les différentes structures et professionnels qui assurent sa prise en charge." Viviane Caillavet-Bachellez. Mémoire EHESP 2010

Notons que dans la phrase suivante de JP Claverane il est aisé de substituer "au sein du système hospitalier" par "au sein du système de soins de santé" pour passer d'une logique de parcours hospitalo-centré à une logique de parcours au sein d'un réseau centré sur le lieu de vie des patients, dans une perspective plus systémique que linéaire et trop restreinte dans le temps, et donnant sa juste place aux soins de première ligne.
"Chaque patient suit au sein du système hospitalier une trajectoire propre qui ne se réduit pas au cours naturel de la maladie mais qui est la résultante complexe des interactions des différents acteurs participant à la prise en charge de cette maladie, des actions qu'ils entreprennent pour tenter de maîtriser le déroulement et l'évolution naturelle de la maladie." Jean-Pierre Claveranne

Le mémoire sous ce lien  (Viviane Caillavet-Bachellez. Mémoire EHESP 2010) est un portrait du directeur de soins en intégrateur. Il mérite d'être parcouru car il est instructif dans son analyse d'une notion très à la mode, le "parcours de soins". Il est confronté aux concepts de filières, de réseaux, de chemin clinique, de "parcours de soins coordonné". Il faut toutefois signaler quelles croyances sous-jacentes il recèle ainsi que son peu de recul critique vis à vis du modèle managérial dominant. Le mémoire évoque très peu les modalités de financement des parcours, par exemple des sommes forfaitaires pour certains groupes de patients en complément d'un financement à l'acte, au séjour etc. 
S'il évoque les tendances actuelles à mettre en place des gate-keeper et les restrictions de remboursement de certains soins, comme il est proposé aujourd'hui pour les diabétiques "indisciplinés" en Hongrie,  les modèles du  managed care dans leur version assurancielle ne sont guère évoqués. Ces omissions systématiques, maladie bien française de la formation des cadres hospitaliers, ne peuvent manquer de faire évoquer une idéologie  gestionnaire déconnecté de toute considération économique et internationale. Exercice oblige.

Exploration de quelques croyances inhérentes à ce discours:

Illusion micro: le mythe du "processus": la qualité ne dépendrait pas des méthodes de l'équipe de soins (considérées comme contre-productives , liées aux silos disciplinaires) mais de l'organisation scientifique du travail, la nouvelle approche processus qui confère "l'expertise en organisation d'activités". L'intégration descendante des sachants des écoles dites de "santé publique" est censée substituer une transversalité aux  actuels "silos" paralysés par leur résistance au changement. Hors cet étage micro-économique du système clinique, le micro-système intelligent et apprenant qui fonctionne au contact du public, certes au sein d'un réseau apprenant plus vaste, est le grand oublié depuis bien longtemps dans notre gouvernance, bien avant  la loi HPST. C'est pourtant la clé de la qualité et de l'efficacité économique pour peu que le management ne sombre pas dans les recettes les plus grossières de cost-killing  sous le masque fumeux de la recherche de performance (Mintzberg: "structure et dynamique des organisations" et François Dupuy: "lost in management"). L'intégration suppose d'abord l'intelligence des silos même s'ils ne sont jamais, pas plus que le professions, des essences éternelles. L'approche processus est utile mais ce ne peut être le couteau suisse de la ré ingénierie générale des soins.
Illusion méso : le mythe du management - Rationalité formelle et système d'information. Les décisions peuvent être prises sur des bases calculables et prévisibles selon la rationalité formelle élaborée par les bureaux de méthodes, le système d'information et les statistiques sont la clé de cette organisation numérique qui doit guider le management stratégique. Le mythe de l'information et de la gestion explicite des risques permet aux rationalités substantives de prétendre se substituer aux rationalités procédurales (Herbert Simon).

Illusion macro : le mythe de l'idiot rationnel. Les acteurs, usagers, médecins, élus, managers, se comportent comme des idiots rationnel (Amartya Sen) à la recherche de la maximisation de leur utilité et de leur intérêt (théorie des choix publics, une des sources du Nouveau Management Public et de la concurrence encadrée par des indicateurs)

Ainsi se referme la célèbre cage d'acier de Max Weber.

Avons nous besoin des parcours de soins?

Le parcours de soins est donc un buzzword, un mot valise, un mot qui impressionne et dont peu osent demander le sens, mais ce n'est pas un mot de novlangue. Il n'en demeure pas moins que l'approche par les parcours de soins, dans un système semé d'obstacles à la continuité de toute nature, peut permettre de réduire ces gaps désastreux avec les pertes de chance et handicaps qui en résultent. Ils doivent être organisés et financés sous la double contrainte de la qualité et de la maîtrise des dépense de santé, mais avec l'ensemble des parties prenantes légitimes et en articulant enfin les différents niveaux de gouvernance, clinique, managériale et politique.

1. Le parcours de soins du patient: un dispositif fédérateur pour les CHT. Viviane Caillavet-Bachellez. Mémoire EHESP 2010
2. Le lexique du parcours de soins
3. Les parcours de soins coordonnés
4. Les parcours de soins en MPR sur le site de la FHF: "une nouvelle approche, une piste pour une autre tarification en SSR"

dimanche 15 avril 2012

L'opium des hospitaliers: paiement à la performance et gestion de la qualité


On connaît l'affection sans bornes des premiers ministres britanniques pour les statistiques.

"Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai falsifiées moi-même" Winston Churchill

" Il y a trois sortes de mensonges, les mensonges, les sacrés mensonges et les statistiques" Benjamin Disraeli (cité par Mark Twain)


P4P ou paiement à la performance des médecins
Pour ceux qui ont senti s'insinuer en eux le venin de la sophistique managériale et qui souhaitent guérir pour défendre l'intérêt des malades, voici un kit de détection de balivernes anti-P4P.

1. Le paiement à la performance est-il un jeu de dupes?
http://www.i-med.fr/IMG/pdf/CNOM_mars_2012.pdf

2. Public Reporting and Pay for Performance  in Hospital Quality Improvement Peter K. Lindenauer, M.D., M.Sc., Denise Remus, Ph.D., R.N.,  Sheila Roman, M.D., M.P.H., Michael B. Rothberg, M.D., M.P.H.,  Evan M. Benjamin, M.D., Allen Ma, Ph.D., and Dale W. Bratzler, D.O., M.P.H.

3. Comment évaluer la productivité des hôpitaux publics et privés. Les enjeux de la convergence tarifaire. Brigitte Dormont, Carine Milcent


4. Réflexion critique sur l’usage des indices (résumé, mais hélas, pas en ligne)

5. La rémunération à la performance est-elle efficace? Publication de l’IGPDE / Recherche - Études - Veille n° 30 - mars 2009
Cliquer ici (voir les recommandations de l'OCDE pour la RLP)

6. Paiement à la performance des médecins : un chaos organisé ?

7. « La méthode de la RGPP a été sa force et sa faiblesse ». La Lettre du Cadre Territorial numéro 435 (15 janvier 2012) Un article de M Bruno Cohen-Bacrie Le management par le sens est-il possible en santé?

8. La revanche du rameur de Dominique Dupagne. A lire de toute urgence!  Publié le 16 février 2012 chez Michel LAFON.
http://www.larevanchedurameur.com/
Avant propos: Cliquer ici - La tête au carré Cliquer ici - Voir aussi Atoute.org
"Le monde est en crise, ses valeurs aussi. Tout ce qui touche à l’humain s’effrite face à une normalisation sclérosante, à l’aliénation par la Démarche Qualité, à la corruption, aux oligarchies toutes puissantes. Le Dr Dominique Dupagne dissèque les mécanismes intimes, biologiques et primatologiques de ce désastre. C’est aussi un spécialiste du web communautaire, et il voit dans ce nouvel outil communiquant une source d’espoir pour ceux qui s’indignent à juste titre."


"Le problème, dans la gestion de la qualité, c'est la gestion."

Pour ceux qui croient utile de passer des heures à un fric fou pour mesurer le nombre de litres de soluté hydroalcoolique consommés par les établissements ou le nombre d'évaluations de la douleur dans les dossiers

L'agence, au coeur de la théorie du rationnement

"Le rationnement intelligent suppose de rechercher avec les professionnels des moyens d’information qui permettent de savoir si l’on a, ou non, exclu de façon injustifiée des personnes du système de soins, et de pouvoir alors modifier les règles. " Gérard de Pouvourville ( http://www.ceras-projet.com/index.php?id=2035)

Une des plus importantes pièces de la machine à asphyxier les soins par l'Ondam, avec la gouvernance, la T2A et la gestion de la qualité descendante, c'est l'ARS, lieu de tous les lobbyings pour attirer les fonds dès lors qu'il sont promis par les circulaires. L'ARS, mythe gestionnaire issu de la loi HPST, est censée défragmenter les parcours de soins dans un contexte pourtant toujours plus concurrentiel de tarification et de contrôle des ressources pour la survie. Elle jouit ainsi d'une indulgence naïve de la part de ceux qu'elle rationne toujours davantage en les accablant en outre d'un reporting ubuesque. Contre l'opium des hospitaliers, laissons la parole à Jean-Pierre Escaffre.
http://pharmacritique.20minutes-blogs.fr/archive/2008/11/28/desorganisation-technocratique-en-vue-de-la-privatisation-da.html


Les difficultés d'accès aux soins aujourd'hui

Une nouvelle priorité de santé publique (-: ?
How to limit the overabundance of health care administrators. Laurent Degos. The Hematology Journal (2001) 2, 21

Et si la fragilisation des équipes et les sous-effectifs comportait un risque?
Pour ceux qui croient encore à la gestion des risques par les nouveaux "actuaires" financiers.

Patient safety, satisfaction, and quality of hospital care: cross sectional surveys of nurses and patients in 12 countries in Europe and the United States BMJ 2012;344:e1717 Cliquer ici
"moins d'infirmières = hôpital dangereux" Cette étude réalisée auprès de 33 659 infirmières ; 11 318 patients en Europe; 27 509 infirmières et plus de 120 000 patients aux USA montre parfaitement les liens entre l'insatisfaction des infirmières sur leur condition de travail et la qualité, la sécurité des soins

« Tout est contrôlé, rien n'est sous contrôle. » François Dupuy ("Lost in management")

"Les décisions absurdes sont une oeuvre collective." Christian Morel
("Les décisions absurdes")

Pour la démocratisation des données et des statistiques de santé

L'hypermarché des données de santé a ouvert ses portes, mais pas à tous. Les prix sont prohibitifs. Les professionnels soignants sont sommés de faire confiance aux experts des agences régionales et nationales  pour définir les futurs besoins de soins et aux gestionnaires de risques financiers pour leurs futurs portefeuilles d'activités. Ces trafics de données de santé conviennent-il aux médecins, aux malades et aux élus, tandis que les complémentaires santé peuvent affiner leurs courbes actuarielles pour mieux éviter les mauvais risques et que les journalistes en tirent leurs palmarès d'hôpitaux ("un business rentable, une affaire sérieuse" nous dit Pierru).

Information sur les conditions dans lesquelles obtenir les données issues du PMSI http://www.atih.sante.fr/index.php?id=0001900001FF 
Initiative de démocratisation des données (IDD - Statistique Canada)
http://biblio.uqo.ca/ressources-electroniques/bases-donnees/idd.php

Qu'est ce que l'initiative de démocratisation des données?

Pour une démocratisation des Big Data

Entretien avec le président de l'Institut des Données de Santé -  Babusiaux veut simplifier l'accès aux données de santé
http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/Acces_aux_donnees_de_sante_a_des_fins_de_sante_publique.pdf 

La Sécu vend ses données de santé aux complémentaires

Accès aux données de santé des complémentaires santé : les pharmacies mutualistes sont les premières à entrer dans l’expérimentation "Babusiaux"

samedi 31 mars 2012

Filières ségrégatives, fragmentation socio-sanitaire et production administrative du handicap.


"Le pouvoir étatique n'est jamais aussi habile à resserrer son étreinte sur la société civile que lorsque qu'il feint de l'émanciper des autorités qui font de l'ombre à la sienne" Bertrand de Jouvenel "Du pouvoir"


Bréviaire de désintégration des soins

Comment bâtir un cercle vicieux en concevant des filières de soins de plus en plus ségrégatives, centrées sur la fluidification des urgences des hôpitaux ? Voici une recette infaillible tirée d’un  grimoire mythique, écrit selon H.P. Lovecraft  par Lucifer lui-même, le  « Nosocomicon ».



1 Cloisonnez! Cloisonnez!
Commencez par séparer par un abîme sans fond  le sanitaire du social: distinguez bien les missions des institutions sanitaires et sociales,  financez le premier secteur par de l'assuranciel et le second par l'assistanciel, déconcentrez le premier et décentralisez le second. Vous obtenez rapidement un combat financier et politique d'enveloppes aujourd'hui fermées (Ondam et financement médico-sociaux) et des patients qui se battent bec et ongle pour rester dans le sanitaire où le reste à charge est encore, par construction des principes de solidarité, incomparablement plus faible même augmentant dans les deux secteurs. A terme vous avez détruit le paradigme de solidarité (Domin, Castiel), et exterminé la fonction charitable des hôpitaux qui pourtant, restent le seul endroit qui accueille toute la misère du monde 24h sur 24.

2. Maîtrisez l'information
Laissez ensuite s'effondrer par incurie bureaucratique les soins de ville ainsi que les réseaux sociaux et familiaux de soutien. Vous favoriserez alors un afflux sans précédent de malades aux urgences des hôpitaux. Veillez bien à ne les analyser que sur le modèle curatif imposé par les principes du paragraphe précédent. Vous utiliserez le PMSI, ces données très parcellaires destinées au financement des hôpitaux par groupes supposés homogènes de malades en termes médico-économiques , auquel vous adjoindrez pour la vraisemblance quelques données sociales indigentes sur le handicap , les CMU, CMUc et les ALD 100%.
Vous vous assurez ainsi de n'avoir aucune possibilité d’analyse des déterminants de l'hospitalisation en termes combinés de lourdeur médico-soignante y compris rééducation, dépendance physique ou psychique, et problématiques sociales de réseaux de soutien. Vous masquerez cette indigence d’analyse médico-sociale derrière le cache misère de la précarité ce qui vous donnera un supplément d’âme et trompera les gogos. L'objectif est avant tout de ne pas remettre en cause la fragmentation française aujourd'hui politiquement et économiquement verrouillée (dépendance et handicap sont départementaux, et les intérêts divers dans les établissements médico-sociaux sont pour le moins complexes).


3. Réduisez les conflits cognitifs par la rhétorique managériale
Ce refoulement mental chargé d'éviter la "dissonance cognitive" des soignants face à l'évidence mondiale du caractère indispensable de la coordination pour les maladies et états chroniques handicapants est construit d'en haut. Ce qui manque de coordination médico-sociale précoce relève du secteur médico-social mais celui-ci est situé de  l'autre coté du mur de séparation socio-sanitaire. Le sanitaire et paralysé par les séjours longs et les impasses hospitalières. Mais il s'interdit toute analyse qui conduirait à financer trop de "social", ce qu'il n'est pas censé faire. On va, croit-on, forcer les SSR dont les financements sont toujours plus lissés par les nouveaux modèles de classification à se plier aux injonctions de l’amont. Les outils initialement prévus pour faciliter les parcours comme Trajectoire sont aujourd’hui  utilisés sans grand succès par les directions des hôpitaux pour « forcer l’aval ». Chacun sait qu’il faut pourtant repérer dès l’entrée et anticiper les sorties difficiles.  Chacun sait que l’indécision en aigu est un des facteurs majeurs de stagnation, faute d’assembler  précocement et de façon appropriée pour l’évaluation et l’orientation les compétences en santé mentale, en gériatrie et dans le domaine de la réadaptation des  déficiences physiques. Chacun sait que des dossiers de prestation de compensation du handicap (PCH) nécessaires à certaines sorties difficiles  mettent plus d’un an à être constitués par les MDPH. Cela peut se demander "en urgence" mais les effectifs d'assistantes sociales des hôpitaux comme toutes les professions transversales à l'hôpital sont décimés. Contrairement à ce qui est dit sur le manque de place en médico-social comme seule explication de tous les problèmes, de nombreuses places de Foyers d’Accueil Médicalisé (FAM) sont libres parce que les familles refusent de donner des pourcentages exorbitants de leurs revenus, notamment pour des patients TC indemnisés, aux départements. Les patients sortent ou restent parfois au domicile dans des conditions effrayantes.  Les technocrates de l'énarchie de santé publique, qui n'y comprennent rien faute de savoir associer les parties prenantes, vont enfin construire de l'éducation thérapeutique et de la prévention au grand dam des cliniciens qui tentent depuis des décennies de s'occuper des malades chroniques en ville et dans les établissements. Les pompiers pyromanes de l'ingénierie des soins qui les ont asphyxié par un management de purs cost-killers, les accusent aujourd’hui d'incompétence face aux promesses scintillantes du "disease management" bras armé du managed care assuranciel.

4. Créez des outils de rationalisation gestionnaire
Faites alors semblant de créer des machins gestionnaires d'incitation à la coopération contrôlés par  les agences, censés permettre le décloisonnement, des réseaux, c'est à dire censés faire marcher un système qu'on a renoncé à changer. Créez des GCS autres CHT, quelques nouveaux trucs de promotion de la santé et de cost killing dans les hôpitaux, et cela permettra à ceux qui auront fait un bon lobbying sur les priorités de santé publique de capter de belles enveloppes financières. Tout cela bien entendu ne résoudra pas les problèmes et, à enveloppe fermées perturbera encore plus l'allocation de bien maigres ressources.

5.Encadrez la concurrence par indicateurs
Enfin enfermez tout le monde dans les incitations d’un système d’indicateurs  pseudo-marchands où chaque étape de la chaîne de soins est contrainte de lutter pour sa survie. Cette survie financière est fondée sur des unités de paiement trop courtes pour  favoriser la coordination de parcours de soins cohérents. Les injonctions paradoxales engendrent le grand désenchantement des soignants: 
1.  soyez rentables dans le cadre du modèle de financement actuel,
2.  favorisez la fluidité de l'établissement, et prenez tous ses malades « non rentables » refusés ailleurs,  
3 classez les par pathologies causales et populations définies en aigu, non par besoins de soins,  pour les « tracer » en aval et laissez les pour cela bien enfermés dans leur filière (vieux, addicts etc.)
4.  coopérez entre acteurs du réseau territorial réel dans la vision du résultat clinique à long terme pour un patient donné,
5.  travaillez aux priorités de santé publiques face auxquelles vous êtes aussi imputables de l’argent public, définies pour des populations et non au service d'un seul patient.

6. Partagez votre "vision" au nom du bien commun
Voilà, vous avez construit un système où se mêlent de façon ubuesque l'aléatoire, la concurrence, la confusion, les gaps, l'impertinence des orientations, le pouvoir des faux experts, et avant tout les pertes de chances, la stagnation des patients dans des lieux de soins inadéquats et à terme la production administrative du handicap. Le handicap, que l'angélisme exterminateur initial croyait démédicaliser en 1970 et 1975, a été livré à l'idéologie non de l’activation, de l'empowerment que doit proposer la promotion de la participation et de l'autonomie mais bien à l'enrôlement du client que nous pouvons expérimenter chaque jour dans nos bureaux de poste et à l'imputabilité ultra-libérale - ou peut-être protestante selon Max Weber (« L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme ») et anglo-saxonne - de notre propre capital santé. Il s’agit bien entendu de mieux dé rembourser ceux qui n'ont pas les capabilités selon Amartya Sen à suivre les principes d'une éducation thérapeutique dispensée par une nouvelle médecine administrée et promotrice de santé, aussi knockienne que coercitive.
N’oubliez pas pour assurer la faisabilité politique de l’ajustement des dépenses de baptiser le tout « démocratie sanitaire », car il ne faut pas oublier que le pauvre patient est le bras armé du Nouveau Management Public comme « le client est devenu le bras armé de l’actionnaire » (François Dupuy « la fatigue des élites »).

Tu ne seras pas médecin mon fils, ou pas en France où tu n’es plus officiellement  qu’un « idiot rationnel » incité par la carotte et le bâton des agences.

"Il s'agit toujours de dresser un inventaire des enceintes mentales, de réduire des données apparemment arbitraires à un ordre, de rejoindre un niveau où les nécessités se révèlent"
Claude Lévi-Strauss"

Accès aux soins: quelques bonnes feuilles


1. Patient safety, satisfaction, and quality of hospital care: cross sectional surveys of nurses and patients in 12 countries in Europe and the United States BMJ 2012;344:e1717 Cliquer ici
"moins d'infirmières = hôpital dangereux" Cette étude réalisée auprès de 33 659 infirmières ; 11 318 patients en Europe; 27 509 infirmières et plus de 120 000 patients aux USA montre parfaitement les liens entre l'insatisfaction des infirmières sur leur condition de travail et la qualité, la sécurité des soins

2. "Effectifs suffisants = vies sauvées". Les infirmières s'y interrogent sur les réponse politiques aux pénuries d'infirmières. http://www.anfiide.com/Documents/documents-utiles/kit-JII-2006f.pdf 
Le Conseil international des infirmières est une fédération de 129 associations nationales d'infirmières représentant des millions d'infirmières à travers le monde.

3. The relative efficiency of public  and private service delivery. Justine Hsu  World Health Report (2010) Background Paper, 39

Le fait de ne pas rémunérer d'actionnaires pourrait donner un avantage décisif au public. Toutefois les résultats sont discordants d'un pays à l'autre. Encore faut-il que les énarchies locales de santé publique ne s'ingénient pas chaque jour davantage à engloutir cet avantage sous une administration coercitive et  bréjnevienne imaginée en haut lieu. Ainsi chaque pays doit-il s'adapter de façon pragmatique à ses propres contraintes pour un équilibre difficile.

4. Les difficultés d'accès aux soins aujourd'hui: étude de la FEHAP sur l'accès aux soins

5. Manoeuvres autour de l'hospitalisation privée - Un article de Delphine Chardon

6. Hôpital : crise de moral et crise morale à l'AP-HP. Bernard Grangerhttp://www.rue89.com/2012/03/13/hopital-crise-de-moral-et-crise-morale-lap-hp-230104 

7. Public Reporting and Pay for Performance  in Hospital Quality Improvement Peter K. Lindenauer, M.D., M.Sc., Denise Remus, Ph.D., R.N.,  Sheila Roman, M.D., M.P.H., Michael B. Rothberg, M.D., M.P.H.,  Evan M. Benjamin, M.D., Allen Ma, Ph.D., and Dale W. Bratzler, D.O., M.P.H.

8. How to limit the overabundance of health care administrators. Laurent Degos. The Hematology Journal (2001) 2, 21
Peut-être peut-on espérer la fin, certes pas à très court terme avec l'extension actuelle de la rémunération à la performance, de la carotte pseudo-marchande, mais pas celle du bâton technocratique. Les politiques publiques de santé sont malade d'une spirale de la défiance, notre bonne vieille Sécu est malade du contrôle et de l'économie de la santé, et l'hôpital d'un management qui n'est depuis longtemps plus utilisé dans les organisations publiques ou privées qui fonctionnent (lire "la revanche du rameur" de Dominique Dupagne et "lost in management" de François Dupuy avec ses 14 pages sur ce qui ressemble à s'y méprendre à l'AP-HP). Il s'agit comme le souligne Laurent Degos dans son éditorial d'un processus "malin".

vendredi 9 mars 2012

Sortir de l'économystification de la santé

« La volonté ne consent au mal que par crainte de tomber dans un mal plus grand.» Dante La Divine Comédie.

Voici sous ce lien une analyse comparative France Allemagne (note de benchmarking N° 10, mars 2012) de l'Institut Thomas More qui est caractéristique de l'actuelle "économystification" de la médecine. Celle-ci est directement issue des erreurs radicales du "consensus de Washington" à l'origine des SAPs (Structural Adjusment Programs) portés par le FMI et la banque mondiale.

Dépenses de santé : Et si la France prenait exemple sur l'Allemagne ?
Le rapport:
http://www.institut-thomas-more.org/upload/media/notebenchmarckingitm-10.pdf
Une article de la tribune
http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20120305trib000686049/depenses-de-sante-et-si-la-france-prenait-exemple-sur-l-allemagne-.html

Le vice principal de l'analyse, outre de ne souffrir d'aucune gène face à l'absence totale du moindre indicateur de qualité des résultats, est de considérer que la qualité d'un système de santé est inversement proportionnelle à ses dépenses rapportées au PIB, de même que pour les dépenses pharmaceutiques. En dépenses en dollars per capita, les dépenses sont d'ailleurs selon l'OCDE, supérieures pour l'Allemagne! Personne ne nie l'intérêt d'optimiser les pratiques en les fondant sur la recherche de preuves, mais comment en arriver à ces sophismes qu'un enfant de cinq ans trouverait boiteux? Parce qu'on applique à la lettre les oukases du consensus de Washington dès qu'il s'agit d'ajuster des dépenses publiques. Le service public, dans la doxa officielle y est conçu comme mal organisé, dispendieux voire corrompu. La réflexion sur l'accessibilité et le juste équilibre entre hôpitaux de proximité et expertise reste pertinente mais nul argumentaire ne vient permettre de fixer les bons seuils, qui sont d'ailleurs bien différents selon le type d'activité et la technicité des soins.

Ce benchmarking semi-habile tombe à pic pour tenter de faire avaler que la direction générale de l'offre de soins (DGOS) a confirmé aux fédérations hospitalières la baisse de 0,21% des tarifs des établissements de santé publics après convergence dans le cadre de la campagne tarifaire 2012 des établissements de santé. Face à la hausse prévisible des charges, l'asphyxie est donc programmée et quand on veut noyer son chien...

Il est salutaire de mettre à disposition des lecteurs un arsenal de vigilance critique face à cette propagande retardataire. Ce qui doit être recherché aujourd'hui à l'international, c'est un nouveau consensus qui tienne compte à la fois des échecs des méthodes de l'école de Chicago tout autant que des catastrophes engendrées en santé par les formes les plus jacobines du Nouveau Management Public.




1. Pourquoi le modèle allemand est une mode?

2. Politique économique des catastrophes +++ Jean-Pierre Dupuy

 "L'Avenir de l'économie: Sortir de l'économystification" (Flammarion, 2012) Jean-Pierre Dupuy

D'après Adam Smith, dans la société économique, les individus ne cessent de se mentir collectivement ("théorie des sentiments moraux", 1759, qui précède "la richesse des nations" 1776 ). Les intérêts sont toujours déjà contaminés par les désirs et les passions. Pour Dupuy il faut bien relire Smith, très mal connu en France.

Daniel Cohen dans "la prospérité du vice" attirait l'attention sur certains passages méconnus de Smith, tout comme Chomsky. Certains aspects critiques de son oeuvre ou la théorie de la valeur - travail ont été gommés parce Marx en a fait les instruments de combat que l'on sait contre le capitalisme.

C'est une analyse réaliste de l'idéalisme libéral: l'économie est amorale mais elle peut- être politique. Elle a pour rôle de "contenir la violence", dans les deux sens du terme, dans une société en voie de désacralisation (ou de rationalisation selon Max Weber). C'est l'idée du "doux commerce contre le pillage" des lumières écossaises et de Montesquieu, mais elle y parvient de moins en moins.

Ecoutez dans le lien vidéo cette belle citation de Bertrand de Jouvenel qui résume bien le problème de notre fausse "démocratie sanitaire" à la française où usagers et professionnels sont écrasés entre le marché des actionnaires et l'énarchie de santé publique. L'Etat défend ses propres intérêts: il a tendance à profiter de chaque crise économique pour tenter de se ré assujettir les autorités sociales avec lesquelles il est en concurrence: économie, savoir, universités, médias, religions, corps intermédiaires...

"Le pouvoir étatique n'est jamais aussi habile à resserrer son étreinte sur la société civile que lorsque qu'il feint de l'émanciper des autorités qui font de l'ombre à la sienne." Bertand de Jouvenel "Du pouvoir"

Un de ceux qui a avaient le plus conscience du fait que l'économie procède par "prophéties" n'était pas si niais:
"Les économistes sont présentement au volant de notre société, alors qu'ils devraient être sur la banquette arrière." John Maynard Keynes

3. Interview de Roberto Lavagna, une ministre argentin qui a décidé de se passer du FMI
«Nous avons sauvé les gens plutôt que les banques»

Selon les conseils du FMI et du consensus de Washington, les SAPs proposent toujours les mêmes recettes, donner moins d'argent aux gens et abaisser les standards de qualité de vie et de santé: réduire les salaires, les aides sociales, les dépenses de santé, les services sans retour immédiat sur investissements tels que l'éducation etc.
Au lieu de payer les banques et les créanciers, la Grèce ne devrait-elle  investir dans ce qui  crée la vraie richesse à plus long terme! Et nous qui sommes enfermés dans les mêmes enceintes mentales?

4. Trade, foreign policy, diplomacy and health - Structural Adjustment Programmes (SAPs)http://www.who.int/trade/glossary/story084/en/index.html
"In health, SAPs affect both the supply of health services (by insisting on cuts in health spending) and the demand for health services (by reducing household income, thus leaving people with less money for health). Studies have shown that SAPs policies have slowed down improvements in, or worsened, the health status of people in countries implementing them. The results reported include worse nutritional status of children, increased incidence of infectious diseases, and higher infant and maternal mortality rates."


6.Publication de l’IGPDE / Recherche - Études - Veille; n° 30 - mars 2009. La rémunération à la performance est-elle efficace? Elsa Pilichowski (administrateur OCDE)http://www.comite-histoire.minefi.gouv.fr/recherche_publications/gestion-publique-a-l_internati/pgp/remunerations-a-la-performance/downloadFile/file/PGP30.pdf?nocache=1279816955.17

7. Base de données OCDE
http://www.oecd.org/document/60/0,3746,fr_2649_33929_32368700_1_1_1_1,00.html