samedi 12 novembre 2011

Qui peut encore sauver l'hôpital public? - Pour une CME rénovée

Avant tout affrontement, il faut s’imprégner de la pensée adverse. (Sun Tzu)

A l'heure de la sortie du livre "l'hôpital en réanimation" et au moment où l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris élit sa prochaine Commission Médicale d'Etablissement, voici quelques séquences humoristiques pour illustrer quelques aspects du Nouveau Management Public. Le dernier diaporama est plus sérieux.



A lire: Du Dr House en nous, par Bertrand Kieffer - Revue Médicale Suisse

Etre directeur ou président de CME, cela peut monter à la tête! Le directeur seul patron de l'hôpital est devenu le fusible de l'Agence Régionale de Santé tandis que la CME n'a plus guère de pouvoir...


Le président de CME et le Directeur doivent accorder leurs violons vis à vis des tutelles et parler d'une seule voix. Mais il faut parfois savoir prendre parti...



N'oubliez pas ce kit pour sauver votre hôpital public!



Frédéric Pierru est sociologue et spécialiste des politique publiques de santé. 
Il a co-dirigé cet ouvrage qui croise les analyses de certains des chercheurs les plus en pointe sur le sujet de la réforme de l’État  et des services publics avec celles de praticiens, anesthésistes réanimateurs pour l’essentiel. 
Cet ouvrage traite au fond de la question du devenir de l’autonomie des professions (ici de santé) face à la montée en puissance du New Public Management, à partir du cas de l’hôpital. Les leçons qui en sont tirées valent bien entendu pour tous les services publics.

Présentation de l'ouvrage -  En docx  - En pdf

samedi 5 novembre 2011

Legrand blues - Double deuil pour les Double Six


Presqu'un an après Mimi Perrin, c'est Christiane Legrand, la soeur de Michel, qui part pour le grand voyage en laissant les amateurs des double Six, ce groupe vocal mythique des sixties, dans la tristesse d'un double deuil. 2 Hommages: Lien à visiter 1 ; Lien à visiter 2


Stockolm Sweetnin' (Arrangements de Quincy Jones)
http://youtu.be/e-slgi45Ais




En flanant dans Paris: (attendre quelques secondes) For Lenna and Lennie. Le thème qui a inspiré les Double Six a été joué par l'orchestre de Count Basie sur un arrangement de Quincy Jones
http://www.youtube.com/watch?v=ba5Z_1xIBvk (attendre quelques secondes) version d'origine par l'orchestre de Basie


Wetswood walk ("prends ton baryton")
http://youtu.be/NR7w-ZrVsaU


Tickle toe: avec la version originale sur ce blog
http://youtu.be/tN7_eBrctCQ


Au bout du fil
http://youtu.be/o--ratZDNHY


Le frère et la soeur (le son est moyen, mais c'est émouvant quand même)
http://www.dailymotion.com/video/xgz211_michel-christiane-legrand-i-will-wait-for-you_travel
https://youtu.be/gqOxh3Jn9qI


Christiane Legrand c'était aussi les "swingle singers".

http://www.dailymotion.com/video/x8gav5_swingle-singers-1_music#rel-page-6


http://www.dailymotion.com/video/x3zb1v_christiane-legrand-chante-bach-avec_music#rel-page-4


http://www.dailymotion.com/video/xgtj4g_the-swingle-singers_music#rel-page-1



Pour ceux qui aiment les Beatles


Yesterday: http://youtu.be/lobb6c3AFQU

Eleanor Rigby: http://youtu.be/ZTDbOHGOT7Q

Retrouvez ces moments cultes sur le Site "Jazz et plus si affinités"

https://sites.google.com/site/jazzetplussiaffinites/



En particulier les interprétations bouleversantes des thèmes du frère de Christiane, Michel par la sublime Stacey Kent: Et demain que feras-tu de ta vie?

vendredi 28 octobre 2011

Qui a peur de l'intégration des soins?



L'hôpital entre réanimation et euthanasie bureaucratique


Filière, réseau et intégration sont des mots "valises". Pour autant ce ne sont pas des termes de novlangue appliqués à la santé comme le sont "production", "performance", "entreprise" ou "portefeuille d'activités" qui désespèrent les professionnels de santé au quotidien. Ceux-ci sont confrontés à une perpétuelle fuite en avant de la sophistique managériale et la perte de sens est la source essentielle du blues actuel des médecins hospitaliers et de l'ensemble de soignants. Penchons nous aujourd'hui sur le concept de filière.

Une filière intégrée suppose la péréquation des coûts et des profits entre les différentes étapes de la chaîne de travail en vue de la valeur finale. Cette" valeur", pour nous, c'est le résultat clinique pour un patient. C'est aussi la base du fonctionnement de services dits "d'intérêt collectif" dès lors qu'on décide, politiquement, les faire entrer dans le champ de la solidarité. Au lieu de cela, face à l'évidence de la transition épidémiologique  - complexification des parcours entre soins et social par explosion des maladies chroniques du vieillissement et du handicap - quelques ingénieurs "semi-habiles" ont réussi à promouvoir l'idée profondément destructrice que l'on pouvait financer, à chaque étape de la chaîne, des patients "non rentables" par les patients "rentables". André Grimaldi a dénoncé un "viol éthique", une réalité douloureuse que vivent au quotidien les soignants,  mais cela n'a hélas pas suffi. Les "portefeuilles d'activités" sont dès lors devenus la chose des managers contemplant leur Boston box sur les powerpoints "éthiconomiques" hypnotisant les CME (commisions médicales d'établissement). Selon ce modèle, les malades "vache-à-lait" financeraient les malades "poids morts" (non rentables selon le système de tarification) et permettraient la recherche et le développement pour les futurs produits "stars". Les cliniciens, pourtant au contact du public et des besoins concrets de leurs malades au sein des territoires, ont été assimilés à ces diaboliques "silos" qui cloisonnent les organisations, ces tuyaux d'orgue d'où viennent tout le mal dans les modèles que dénonce de façon limpide François Dupuy dans "Lost in management".

La guerre aux grands et aux petits mandarins, à leur "gestion patrimoniale et notariale" était déclarée. La démédicalisation qui trouve sans doute son paroxysme dans la loi HPST, jette dramatiquement l'eau du bain des défaillances d'une gestion trop régalienne ou trop marquée par la "logique de l'honneur" par les chefs de service à la française avec le "bébé" qu'est l'unité clinique, le coeur de fabrique et de combinaison des compétences en équipe à l'hôpital. Cette entreprise de démédicalisation à outrance ira ainsi, par des réformes successives bien antérieures à la loi HPST, jusqu'à l'extermination technocratique systématique de toute possibilité d'intégration des soins au niveau des équipes de soins, par la séparation bien tranchée des lignes médicales et paramédicales que les centres de coûts organisés en pôles ne peuvent en rien remplacer faute de connaître les procédés de travail propres à chaque discipline constitutive.
En l'absence d'évaluation réelle des résultats de santé et d'une véritable gestion des risques cliniques ces méthodes et leur domination rhétorique ont permis de réduire sans aucun garde-fou et dans une indifférence malgré tout assez générale des usagers et des élus les effectifs soignants. Elles ont pu déployer sans limites et au désespoir des équipes opérationnelles de plus en plus fragilisées, les buzzword de mutualisation, de flexibilité et de polycompétence, sous couvert de rationalisation managériale.
Force est de constater que le cloisonnement interprofessionnel entraîne un désapprentissage accéléré des bonnes pratiques de soins de base: la prévention des escarres se résout de façon illusoire dans la location où l'achat des supports les plus onéreux, les arceaux de pied de lits évitant les poids déformant des draps et couvertures disparaissent progressivement des hôpitaux, on observe trop souvent l'absence de gestion coordonnée et précoce des troubles de déglutition au risque de pneumopathies gravissimes, l'absence de fixation des sondes urinaires quand les trop faibles effectifs soignants imposent de laisser en place des sondes urinaires à demeure, la raréfaction du lever quotidien des malades dépendants dont l'état de santé le permet, l'effondrement de la lutte contre les rétractions liées à l'immobilisation etc. Ce discours ne plait pas mais c'est la réalité quotidienne de la fin des binômes médecin-infirmières voire médecins-cadres. Des pans entiers des soins sont ainsi tombés hors de la lumière du "lampadaire" qu'apportait la responsabilité et la compétence interprofessionnelles, celle où chacun se sentait concerné par le risque clinique. Mais la position du "cadre de santé" à l'hôpital est en voie de dégénérescence managériale accélérée. Capté par la technostructure et mis au service de la "gestion de projets", il peut de moins en moins se consacrer à la supervision des soins dans une équipe dédiée. Une catastrophe pour les patients et surtout pour les plus vulnérables.

Les "pompiers pyromanes", traçant les cieux socio-sanitaires de nouveaux alignements, jugèrent les médecins responsables de la "dysorganisation". Seuls responsables? Non, car l'interprétation des semi-habiles au commande des réformes y associaient bien comme co-responsables les personnels hospitaliers obligatoirement tous paresseux de la fonction publique qu'il fallait "inciter",  les directeurs trop complaisants avec les médedins qu'il fallait former aux sciences de gestion voire remplacer par de vrai capitaines d'industrie, les malades considérés par nature comme idiots irrationnels et hyperconcommateurs  de soins, enfin les élus jugés trop ignares et trop centrés sur leur population pour être partie prenante légitime sur ces sujets trop techniques. 
Voici donc sur quelles les bases à la fois de division taylorienne ou néo-taylorienne du travail version Toyota, et d'arrogance scientiste et managérialiste les Trissotin du nouveau management public, les Diafoirus concepteurs des futurs Projets Régionaux de Santé et tous les nouveaux Knock
Soignants, directeurs, malades, élus malgré les hochets faussement émancipateurs dont chacun fut gratifié n'avaient en réalité plus leur mot à dire dans cette réingénierie générale de la santé. C'était d'emblée aller contre la possibilité même d'intégrer les soins pour ce que l'on peut nommer avec Colvez les "maladies et états chroniques handicapants". La pro-activité sans cesse promue comme une "libération", "l'entreprise de soi-même" conduirait rapidement au bord de l'abîme les malades les plus complexes, les moins "rentables", ceux aux moindres habiletés sociales pour se mouvoir dans cette effroyable tuyauterie shadok.
Ajoutons, car cette évidence n'en est pas toujours une dans la planification française, que ce résultat clinique ne peut être évalué par l'état de santé global d'une population, objet de la santé publique dont les méthodes doivent impérativement être distinguées de celles de la clinique. 
La littérature internationale montre que la T2A et/ou  la tarification à la ressource, conjuguées à la réduction permanente des enveloppes sanitaires (ONDAM sanitaire et médico-social) et sociales  induisent toujours plus de concurrence, de segmentation et d'incoordination allant à rebours de la coopération attendue dans une "chaîne de valeur". De plus, en France, la fragmentation s'est aggravée depuis les lois de décentralisation, le sanitaire est déconcentré tandis que l'action sociale et médico-sociale est décentralisée (les deux secteurs ayant été disjoints par les loi de 1970 et 1975: déconstruction de la solidarité selon Castiel et coll.).
Aux solos disciplinaires, aux tuyaux d'orgue institutionnels et financiers, on a donc ajouté le mille-feuille administratif et le cloisonnement en "boite à oeufs" qui ne doivent pas se toucher de la réingénierie des professions de santé.
Ainsi d'après Bernard Granger, co-fondateur avec André Grimaldi du Mouvement de Défense de l'Hôpita Public, il y avait autrefois 3 niveaux dans la pyramide de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris: les service, la direction de l'hôpital et le siège. au lieu en bon management "d'aplatir la pyramide", nous sommes aujourd'hui passé à une invraisemblable machine à perdre faite de 7 niveaux empilés: unité fonctionnelle, service, pôle d'activités, direction locale, Groupe Hospitalier, siège de l'AP-HP et ARS. Encore n'ajoute-t-on pas les tutelles spécifiques à cette institution.
La fragmentation institutionnelle, financière et culturelle dénoncées dans le rapport de la commission Larcher entraînait déjà les plus grandes difficultés à travailler sous forme de réseaux polyvalents et de proximité au niveau des territoires. L'échec des réseaux centrés sur un multitude de pathologies étroites et illisibles du point de vue des soins e ville et des généralistes est consommé. Mais se sont ajoutés les effets délétères la concurrence encadrée promue par le Nouveau Management Public (T2A mais aussi incitations financières par comparaison d'indicateurs dont le traitement est en plus en plus consommateur de ressources au détriment des soins). Le système ubuesque ainsi constitué pousse aujourd'hui au transfert de soins et de charge, à la sélection des patients, à la production pour la survie d'actes non pertinents en secteur public comme en secteur privé et à réduire l'immense part de la qualité des soins qui n'est pas ou qu'on ne peut évaluer. Ceci aboutit à un désenchantement et à une perte de sens pour les soignants dont on peut mesurer par le manque cruel d'infirmières en Ile-de-France, même si d'autres raisons entrent en jeu.
La conjonction des défaillances de la bureaucratie et des "pseudo-marchés" va à rebours de l'intégration des soins et des actions médico-sociales ou sociales , qu'on l'aborde sous l'aspect des maladies chroniques du vieillissement ou du handicap. 3 aspects qu'il faut aujourd'hui considérer simultanément d'un seul regard.



Les médecins ont aussi leur responsabilité. On peut simultanément jeter la pierre à la vieille garde hospitalo-universitaire jalouse de ses prérogatives aristocratiques et emportée par sa tendance naturelle à vassaliser tout ce qui est hors CHU, aux "outsiders" hospitaliers qui se réjouissaient de casser le pouvoir du mandarin established en devenant les nouveaux experts du "processus", de la démarche qualité, de la transversalité, les nouveaux chefs d'entreprise de l'hôpital T2A. Ils ont rejoint dans l'erreur collective du soutien aux mauvaises réformes les directeurs qui attendaient dans le même fantasme du capitaine d'industrie d'être enfin les seul maîtres à l'hôpital. Le miroir aux alouettes s'est brisé. On peut la jeter aussi aux libéraux trop arc boutés sur un financement à l'acte inadapté aux maladies chroniques. Le plus absurde, c'est que le reproche qu'on fait souvent à la médecine libérale qui est de multiplier les actes - "un chirurgien qui a faim est un chirurgien dangereux" dit Guy Vallancien - s'applique aujourd'hui aux médecins des hôpitaux, frappés par la double incitation de produire à outrance, au détriment de la garantie de pertinence des actes, d'une part pour conserver et financer leur outil de travail, pour la  survie de leur unité et de leurs projets, de leur pôle, de leur établissement et d'autre part du fait de la mise en place de la rémunération individuelle à l'activité. Une absurdité au regard du souci partagé de réduire les dépenses inutiles, d'autant qu'il sont jugés "imputables" (accountability) de contrats d'objectifs sans réelle garantie de moyens dont ils ne peuvent contrôler l'allocation réelle, moyens dont la réalité ou l'absence n'est jamais pris en compte dans l'analyse des performances. Il faut plus que jamais imaginer Sisyphe heureux!

L'intégration ce n'est ni la hiérarchie ni l'anarchie spontanéiste du marché, dont les vertus supposées sont trop inopérantes pour les malades chroniques ou trop peu rentables. Ce n'est pas non plus la dérive assurancielle du managed care à l'américaine ou à un moindre degré, tout au moins au départ, une prise de contrôle par les assurances telle que le conseil constitutionnel en a cassé l'élan. Il s'agissait dans la loi Fourcade d'un remboursement différent des soins si les assurés s'adressaient à un réseau de prestataires définis par l'assureur.
L'intégration ce n'est pas non plus la filière "hospitalo-centrée", système féodalisant de fait tout "l'aval" en le soumettant aux contraintes économiques de l'aigu, à la necessité de "pousser les flux" d'un hôpital public submergé par ses urgences, qu'a dénoncée à juste titre par la FEHAP dans son analyse de l'enquête DGOS-Sanesco des inadéquations hospitalières. Cela conduira si l'on y prend garde à la transformation générale du secteur post-aigu français en SSR low cost. Cela se fait déjà au détriment de l'accès aux soins de réadaptation qui ont aujourd'hui disparu des représentations collectives de activités de soins telles qu'elles sont  définies dans les thématiques des Projets Régionaux de Santé.
Cela signifie qu'aucune graduation des soins de réadaptation (plateaux techniques, compétences et continuité d'accès aux compétences) ne pourra être appliquée, pour une dimension essentielle des soins et de la lutte contre le handicap, pour l'OMS comme pour l'ensemble des sytèmes de soins étrangers. Promouvoir la prise en charge des maladies cardio-vasculaires (dont l'attaque cérébrale), de la sclérose en plaques, du cancer, du SIDA, des maladies rhumatismales etc. sans organiser ni financer à hauteur des besoins un dispositif coordonné de réadaptation et de lutte contre le handicap en pont entre soins et social n'a aucun sens. Ce serait poursuivre une politique de l'autruche qui ne voit pas plus loin que le dégagement des lits aigus, envahis d'une complexité qu'on se refuse à analyser pour ce qu'elle est.

Les urgences des hôpitaux sont submergées par l'affaiblissement des soins de premier recours  tout autant que par celui des réseaux familiaux et sociaux de soutien (Escaffre, Odier). La lecture purement curative du financement de l'hôpital avec l'identification forcenée de soins techniques courts, faciles à codifier et à tarifer conduit au désastre. L'asphyxie financière à rebours de ce qu'il faudrait développer, conduit à utiliser toutes les ressources hospitalières de lutte contre la perte d'autonomie et la désinsertion comme variables d'ajustement  (effondrement des professions dédiées à la liaison intersectorielle ou  la réadaptation: rééducateurs, psychologues, assistantes sociales mais aussi les secrétaires médicales dont le rôle de liaison est si essentiel  pour les maladies chroniques. Elles aident alors les équipes et les malades à se sortir ensemble de la jungle infernale des "sorties difficiles", mais la doxa des ressources humaines et leur répertoire des métiers les considèrent dans cette novlangue inimitable comme purs "agents de saisie médico-administrative". C'est cela aussi l'intégration: le respect des mécanismes de liaison. Ils passent aussi par une flexibilité intelligente par ajustements mutuels, celle qui relève de l'autonomie au sein des équipes. Comment expliquer ces fonctionnements aux ARS à des gens qui veulent nous donner de leçons d'intégration mais qui n'ont souvent jamais mis les mains dans le camboui?

L'intégration ce n'est pas surtout la destruction des fameux "silos", coeurs de fabrique des compétences, noyaux de savoir-faire qui combinent sans cesse, s'agissant des hôpitaux et universités les savoirs contextualisés et académiques (Mintzberg, Nonaka et Takeuschi). C'est au contraire trouver les moyens de relier le sens de l'action entre les silos, par des moyens qui incitent aux réseaux de confiance, entre acteurs interdépendants, au service d'un même objectif, qui a du sens pour eux, à la coordination entre soins et services sociaux dans des programmes au service du résultat pour le patient. Voilà l'apport conceptuel de la chaîne de valeur de Porter, si l'on veut se référer à ce modèle économique.
On ne peut pas se satisfaire d'injonctions paradoxales faites aux acteurs des "silos", qui leur commandent d'être en concurrence pour produire les meilleurs indicateurs de performance, les meilleurs profits et en même temps de coopérer entre le dedans et le dehors. Les méthodes de coopération,  les "silos" les connaissent dans leurs pratiques professionnelles, dans les réseaux réels où ils s'insèrent. Ce n'est pas la signature des bouts de papier  que sont les conventions ni l'informatisation gestionnaire de la culture du formulaire qui amélioreront les choses. Arrêtons d'épater le bourgeois ou l'élu avec ces balivernes. Ce sont les méthodes concrètes que les acteurs tentent tant bien que mal de mettre en oeuvre sur le terrain, sans se soucier exclusivement de rentabilité à court terme, c'est à dire ce que serait la simple obsession de la sortie rapide du patient qui libère un lit en même temps qu'il produit un tarif, car sinon plus rien ne "marcherait". Ces méthodes et les trous structuraux croissants auxquelles elles se heurtent, hélas, personne ne sait encore bien les décrire et elles se déploient pour un résultat que personne ne sait encore réellement évaluer. Simplement, nous autres cliniciens, nous savons que c'est ce qu'il faut faire et nous tentons de continuer à le faire. Pour comprendre le blues des médecins, on lira l'excellent ouvrage de Nicolas Belorgey: "l'hôpital sous pression, enquête sur le Nouveau Management Public".

C'est peut-être Frédéric Pierru, sociologue et politiste  qui a le mieux décrit l'euthanasie bureaucratique  et pseudo-marchande de notre système de soins. Entre la machine américaine, profondément inégalitaire, et l'épouvantable bureaucratie anglaise du NHS, le système français avait de très nombreux avantages. S'il faut sans attendre lire Frédéric Pierru ("Hippocrate malade de ses réformes"), de nombreux autres auteurs se sont associés à lui dans un ouvrage qu'il a codirigé et que chacun devrait lire. Dès lors qu'il perçoit dans son expérience ou sa pratique que les nouveaux architectes du système de santé et les hordes d'ingénieurs de soins qu'il sont lâché se sont lancés dans une destruction ubuesque d'un système et de méthodes qui marchaient assez bien pour qu'on puisse les améliorer sans tout mettre cul par dessus tête.
"L'hôpital en réanimation."

"Les vérités les plus précieuse sont les méthodes." Nietzsche


Découvrez le glossaire de novlangue hospitalière


http://atheles.org/editionsducroquant/savoiragir/lhopitalenreanimation/

samedi 10 septembre 2011

Il faut sauver l'hôpital public

Pourquoi il faut lire d’urgence le livre de Laurent Sedel : « Il faut sauver les malades ! »

« Ce qui a un prix n’a pas de valeur. » Emmanuel Kant

Les malades viennent à l'hôpital pour voir des médecins, ou d’autres « soignants », pas des qualiticiens ou des gestionnaires de risque.

Mais le médecin n'est-il pas le premier gestionnaire de risque à l'hôpital? Il faudrait dire, en novlangue, les "soignants", ce qui inclut bien sûr non seulement médecins et chirurgiens mais aussi des professionnels qui, qu'on le veuille ou non, ont aussi une démarche clinique: paramédicaux, psychologues, assistants de services sociaux etc.

Mais quels sont les risques prioritaires à l'hôpital? Les risques périphériques ne sont-ils pas devenus centraux en mettant la médecine et le sens des soins cul par dessus tête ?

Quels risques angoissent les malades? La mort si l'on peut l'éviter, le handicap qui vu de la médecine est d'abord la perte des fonctions humaines par l'accident ou la maladie.

L'hôpital est donc un lieu où l'on résout avant tout des problèmes cliniques, avec des méthodes de travail qui se déploient dans des lieux appelés "structures" et qui associent les compétences et les moyens regroupés autour de problèmes cliniques homogènes. Henry Mintzberg dit ainsi que les hôpitaux sont différentiés à la fois par « fonction » c'est-à-dire les compétences et les aptitudes et par « marché » c'est-à-dire les malades qui posent des problèmes cliniques similaires.

Ces méthodes ne sont en rien des process industriels, relevant d'une rationalisation managériale qui pourrait aboutir à une nouvelle division et une nouvelle organisation scientifique du travail. Même si l'organisation de l'hôpital, en particulier dans ses aspects transversaux, peut être optimisée par l’analyse de processus et le suivi des workflows, comme le devenir d’une vieille dame qui attend dans certains hôpitaux beaucoup trop longtemps une prothèse de hanche dans un service x ou y de l’hôpital, dans une dysorganisation souvent extrême et dangereuse.

On pouvait attendre des pôles, s’ils avaient pu avoir une logique médicale, et non une logique exclusive de centres de coûts, qu'ils permettent cette rencontre entre médecine et management en intégrant des trop petits "services" marquant leurs territoires par un fort sentiment de possession patrimoniale. Mais la frilosité des services vient de la crainte, justifiée par les effets des réformes successives, de voir fragilisées nos équipes professionnelles, stables, formées et motivées, sans lesquelles aucune véritable qualité ni aucune sécurité des soins n'est possible.

Mais il fallait pour cela que le management, ici rien moins que « participatif » ne s'interpose pas en obstacle permanent entre les médecins et les ingénieurs dont nous avons incontestablement besoin à l'hôpital. Car les vigilances sanitaires, les infections nosocomiales, la matério-vigilance, les accident liés aux produits sanguins, tout cela mérite une résolution de problèmes que les médecins ne savent pas gérer seuls, mais qui ne doit pas étouffer leurs procédés de travail au nom d’une explosion déraisonnable du principe de précaution. Son hypertrophie actuelle est, comme le dit Jean de Kervasdoué, bien au dessus de nos moyens, et il faut continuer à soigner la population, à faire progresser simultanément la qualité et la sécurité des soins.

Comment sommes nous arrivés à cette désastreuse gestion des hôpitaux par ces « qualiticiens » top down et les gestionnaires de risques qui n'ont jamais vu un malade?

Comment a-t-on pu en venir sous le louable motif de la maîtrise des dépenses de santé, à la destruction programmée de ce qui était un des meilleurs systèmes de santé du monde, à cette pression ubuesque des "procédures" inapplicables mais qui servent de parapluie à une administration terrorisée, à cette prise du pouvoir par les assurances, à ce principe de précaution déréglé qui pèse sur chacune de nos décisions médicales? Comment et pourquoi même les mandarins qui avaient encore un peu accès aux « ors de la République » se sont-ils résignés?

Le livre de Laurent Sedel "Il faut sauver les malades" y répond, dans un champ qui a été trop peu traité, celui de la micro-sociologie des équipes en frontline, au contact du public. Il complète ainsi parfaitement l'analyse « macro » des politiques publiques de santé de Frédéric Pierru et Nicolas Belorgey (« Hippocrate malade de ses réformes », « L’hôpital sous pression : enquête sur le Nouveau Management Public »). Leurs descriptions des effets délétères du Nouveau Management Public, aujourd’hui accélérés par l'action des nouvelles agences de rationalisation gestionnaire comme l'ANAP promues par la loi HPST sont édifiantes et incontournables. Laurent Sedel complète aussi les brillantes analyses du "méso-système", au niveau intermédiaire du management des soins et des réseaux, et de l’inefficacité de sa régulation par les mécanismes de pseudo-marché, qui ont été faites par André Grimaldi (« l’hôpital malade de la rentabilité »).

Mais ce livre, c'est aussi un modèle de rhétorique médicale, et ce que le chirurgien d’expérience nous livre devrait servir d’exemple à toutes les disciplines, dans tous les modes d’exercice, pour mettre en évidence les menaces qui pèsent sur les patients qu'elles servent et tenter ainsi d’éviter le pire.

Le "pathos"d'abord: non la pathologie des patients ou un discours compassé, mais ce qui doit nous faire "bouger" pour sauver non seulement les malades mais l'organisation des soins dont l'analyse des process industriels par les bureaux des méthodes tente de nous écarter. Ce sont des histoires de rencontres entre médecins, chirurgiens, équipes de soins et malades, si bien écrites et décrites avec dans chaque cas l'analyse précise de l'impact du nouveau management des hôpitaux sur ce qui a parfois échoué, ce qui a réussi souvent, malgré tous les obstacles bureaucratiques, le sens de l'action en équipe et le souci de l'autre qui ont guidé tous ceux qui se sont battus, pour ces malades, contre l'inertie, les sous effectifs, les règlements absurdes, ceux qui aggravent les risques en croyant les réduire, les marchés publics, les cotations trop rigides qu'il faut savoir contourner, la dysorganisation transversale (brancardages, pharmacie, blocs opératoires, suppression des agents "compétents" au profit d'intérimaires et de CDD qui le deviendraient peut-être, mais seulement si on leur laissait le temps de connaître assez intimement le fonctionnement des unités).

L'éthos, la légitimité: Laurent Sedel est chirurgien des hôpitaux et professeur des universités, chef du service d'orthopédie traumatologie de l'hôpital Lariboisière. Il a été chef de pôle et a démissionné de ce poste quand, malgré une réorganisation réussie du bloc, ce casse-tête chinois de bien des hôpitaux, on lui a reproché d'augmenter les coûts - bien entendu puisque le bloc tournait mieux et qu'on y opérait plus de malades. On a alors voulu lui supprimer des effectifs, c’était trop.

C'est bien là le coeur de l'absurdité ubuesque de cette régulation par la T2A dans un système d'enveloppes fermées. La T2A n'est bien qu'un "leurre marchand", d'une part parce que la santé n'est pas un marché, parce que les groupes supposés homogènes ne le sont pas, et que nous ne sommes pas, ni les médecins, ni les malades, ni les directeurs, ces "idiots rationnels" d'Amartya Sen. Nous ne sommes pas, le livre de Sedel est aussi là pour le rappeler, ces agents mécaniques assoiffés de profit ou n'ayant pour seul objectif que le gaspillage des ressources, qu'il suffit d'inciter par les règles de bonnes pratique, par les sanctions définies par les agences comme le prévoit l'économie classique, aujourd'hui au volant de la santé. La décision clinique n'est jamais le fait de ces calculateurs égoïstes et rationnels de "résultats" que les gestionnaires du nouveau management supposent prévisibles et calculables dans un "one best way" néo-taylorien.

Le logos: l'analyse rationnelle située complète le pathos, la description de ce qui est révoltant si nous ne résistons pas. Tout y est : l'analyse des causes et des effets de cette conception descendante de la qualité, celle qui ne se demande pas ce que les cliniciens et les patients veulent éviter mais comment appliquer les règles de bonnes pratiques définies par les procédures jacobines issues du juridisme des grands corps de l'Etat. L'ignorance des méthodes et des compétences soutenue par l'explosion des systèmes d'information interconnectés transforme le système de santé en vaste terrain de lobbying. Il faut y construire des causes de santé publique qui apparaissent comme une menace suffisamment grave pour attirer les fonds (canicule, démences, guerre au cancer, débordement des urgences, etc.). Les causes de la prise du pouvoir par les assureurs, quand la médecine se transforme en « gestion du risque maladie » sont finement analysées.

Tout peut être analysé d’en haut par la raison raisonnante à l'aune de la gestion des risques. Mais dans la genèse de la dégénérescence de nos hôpitaux, il n'y a pas que l'erreur radicale d'une rationalité substantive qui pense que tout est prévisible, que tout peut-être prévenu et qu'il suffit de transférer les fonds des soins curatifs vers la prévention. Il suffit en effet pour cela de décréter la confusion entre clinique et santé publique et juger les « résultats » de la clinique selon les résultats de santé d'une population donnée.

Mais ces souricières cognitives grossières de la pensée managériale ne seraient rien sans l'auri sacra fames, ces formidables profits engendrés par les nouveaux Knock, les inventeurs de nouvelles maladies à prévenir par des médicaments ou quelque nouvelle "patamédecine" non remboursée. Les traitements de ces maladies "construites" sont bien plus rentables quand ils sont administrés à des gens en bonne santé, plus nombreux, que l’on transforme en futurs "malades qui s'ignorent". Un exemple frappant est donné avec humour sur le net, dans la description du « syndrome dysphorique du lundi matin ».

Sedel le dit bien: « le marché de la prévention est de l'or en barre », et la santé publique a elle aussi un coût humain et financier, surtout quand elle est gérée comme dans l'affaire de la grippe H1N1 ou du Mediator. Plus grave encore tout cela se fait au prix d'une effroyable spirale de la défiance au détriment de malades qu'on aurait pu soigner avec nos bonnes vieilles méthodes curatives et "bio-médico-techniques" comme disent les cuistres de l'anti-médecine, méthodes qui n'ont jamais empêché les soignants de garder le souci de l'autre. Mais les malades sont incités se méfier de nous quand on nous dit "imputables" alors que nous n’avons plus la responsabilité et l’autonomie réelles pour organiser les soins et gérer nos équipes. La « dyarchie euclidienne », ce cloisonnement linéaire surréaliste, le plus souvent parallèle et quelquefois perpendiculaire entre deux mondes qui s’ignorent tout en se respectant, les lignes médicales et managériales sont aussi une construction d’en haut bien "à la française". On espérait que les pôles amélioreraient les choses, il n’en fut rien. Surtout à l’AP-HP où moins qu’ailleurs la pyramide hiérarchique qui compte maintenant sept étages au lieu de trois, ne peut tolérer de déléguer la moindre gestion. Les cadres raréfiés et conçus comme purs managers, ne peuvent plus guère s’occuper des soins. Ils font surtout du reporting et de la déclaration d’événements indésirables. Mais les problèmes déclarés, quantitativement pris en compte comme témoins de performance du système qualité, sont-il pour autant résolus en remontant au sommet stratégique alors qu’il n’y a qu’un rare feed-back de mise en forme des données vers les unités opérationnelles? Citons l’exemple des prestations d’intérims où des agents prévus avec un prestataire dans le cadre des marchés publics ne se présentent pas à leur poste de façon itérative. Que fait-on ensuite?

Pourvu que les manipulations d'incitations des pompiers pyromanes ne nous transforment pas, selon les effets de prophétie auto réalisatrice, en purs techniciens aux yeux rivés sur nos indicateurs myopes, pour mieux nous reprocher une inhumanité dont il se feront les nouveaux chevaliers blancs en la dénonçant dans les médias.

L'ignorance est-elle la meilleure garantie de la protection des citoyens contre les corps intermédiaires?

Comment s'écarter des chemins de l'erreur radicale qui font le lit de cette épouvantable régulation pseudo-marchande et procédurière. Elle écarte systématiquement nos compétences de la gestion, et menace autant la qualité des soins que les conditions de l'intelligence collective qui seule conduit à la véritable création de connaissances. Notre système de soins est menacé d'effondrement au profit d'une « cage d'acier » contre-productive qui associe la rationalisation managériale à la vente par appartements de la protection sociale. Les politiques de tous bords se sont résignés à vendre les hôpitaux publics et la plus grande partie d'une assurance maladie autrefois solidaire, en se dirigeant vers le modèle américain, avant ses tentatives de réformes.

Sedel analyse les effets micro-économiques de l’aléa moral et de la sélection adverse, ces effets induits par le système de régulation par les « contrats »:

Aléa moral :

- sélection des patients les moins coûteux, mais qui entrent bien dans les bons groupes homogènes aux yeux incompétents des agences. Cette asymétrie d’information pousse celles-ci à obtenir toujours plus de moyens de contrôle, jusqu'à la paralysie de l'action clinique,

- baisse de la qualité « non visible » en utilisant les effectifs soignants non immédiatement "vitaux" comme seules variables d'ajustement permettant la survie,

- transfert de soins et de charges dans un système effroyablement fragmenté sur le plan institutionnel, financier, réglementaire et culturel. Une loi de Pareto des 20-80 permet de comprendre la plupart des dysfonctionnements des parcours de soins à l’hôpital : la stagnation des patients en "impasse hospitalière" et les "sorties difficiles" coûtent des millions d’euros au système de soins, mais la résolution de ces problèmes se heurtent à une pure création des experts français, cette plomberie shadok qui a créé en France un grand rift entre secteur sanitaire et secteur de l'action sociale et médico-sociale.

Sélection adverse :

Ici on ne trompe pas l’agence en prétendant prendre en charge un groupe supposé homogène de patients et en sélectionnant les malades "rentables". On raisonne en amont des contrats sur les portefeuilles d’activités en choisissant les « bons risques ». Ce choix, l’hôpital public, accessible à tous 24 heures sur 24, ne peut se le permettre. Le secteur privé, lui, ne s’en prive pas, pour la survie économique pendant que le public est asphyxié s'agissant du privé non lucratif, et dans une logique de rémunération des actionnaires pour le privé lucratif.

Cet abîme dans les parcours de soins, cette inacessibilité croissante aux soins, cette résignation à la déconstruction de la solidarité, c’est aussi aujourd'hui ce qui détruit les SSR en les transformant en soins low cost. C’est aussi ce qui désintègre la réadaptation hospitalière que Sedel appelle pourtant à exister, en intégrant la « rééducation fonctionnelle » dans des pôles cohérents. Naguère un droit mais aujourd'hui un luxe, celle-ci a été rayée de la carte réglementaire en 2008, en contraignant tout le secteur post-aigu français à se transformer de fait en "sas" médico-social, dans une logique de flux poussés de l’amont vers l’aval, du fait de l'incoordination chronique que les incendiaires de la ré-ingénierie des soins ont créé de toutes pièces avant de crier « au feu ».

Pourquoi les malades complexes, « non captés » par les tarifs, stagnent-il dans les hôpitaux sans bénéficier des soins spécifiques et/ou de l'accompagnement nécessaire, au détriment des malades qui ne peuvent plus dès lors y accéder pour les soins qu’ils requièrent?

Parce qu'on a créé en 1970 puis 1975 et ensuite par les lois de décentralisation les « Français de l'Etat », ceux de l’assuranciel déconcentré et les « Français du département », les « vieux dépendants » et les « handicapés », ceux de l'assistanciel décentralisé. Dès lors, et contre les évidences internationales de la transition épidémiologique et des déterminants de santé des maladies chroniques, on n’a eu de cesse de séparer le médical du social, dans les têtes, dans les modèles, dans les organisations, dans les financements. Aujourd’hui la concurrence encadrée qui s'abat sur le système socio-sanitaire français comme le veau d'or censé nous sauver des déficits, ne va qu'aggraver encore et encore les gaps des parcours de soins et les pertes de chances malgré les incantations qui promettent le salut des nouvelles ARS et des boucles auto-référentielles de l’angélisme exterminateur.

Usagers, médecins, soignants, travailleurs sociaux, directeurs, élus, pour plonger dans le moteur de l'euthanasie bureaucratique et pseudo-marchande de l'hôpital public, il vous faut lire le livre de Laurent Sedel.

« Les vérités les plus précieuses sont les méthodes. » Nietzsche

Lien vers les analyses du livre de Laurent Sedel

vendredi 26 août 2011

A travers les lunettes de Mintzberg

Dynamiques de différenciation et d’intégration en réadaptation
A travers les lunettes de Mintzberg
"Un chameau est un cheval qui a été conçu par un comité." Winston Churchill
La différenciation en médecine a souvent mauvaise presse. Elle est accusée de favoriser un fonctionnement en « tuyaux d’orgue », le plus souvent selon les disciplines médicales, par organe, pathologie ou fonction, et qui nuit à la prise en charge globale du patient. Pour autant les tensions entre différentiation et intégration en médecine relèvent des mêmes paradoxes que dans toute organisation. La rationalité issue des savoirs procéduraux, guidée par l’efficacité thérapeutique du « cure » doit s’articuler au souci de la finalité de la prise en charge pour le patient le « care »[1]. La solution réside alors dans l’efficacité des mécanismes de liaison, non dans une uniformisation gestionnaire issue des bureaux des méthodes du Nouveau Management Public. On ne peut guère espérer résoudre les problèmes de fragmentation en « déspécialisant » les structures au détriment des savoirs contextualisés des cliniciens, en concevant des filières trop exclusivement verticales, en « flux poussés » de l’amont vers l’aval. Celles-ci sont vouées par nature à un échec cuisant face aux mécanismes de la concurrence encadrée, qui entraînent la stagnation des malades "non rentables", avec les pertes de chances que cela implique, dans ce "leurre marchand" institué par la tarification à l'activité (T2A).
La dynamique du cure, l’efficacité thérapeutique à vue de clinicien, est orientée par l’évolution des technologies et des procédés de travail tandis que celle du care l’est par la transition épidémiologique, les contraintes économiques et l’environnement qui pèsent sur l’ensemble du réseau de soin (Glouberman, Mintzberg). Si toute structure de soin post-aigu doit pouvoir fournir les prestations de réadaptation requises, l’intégration ne doit pas, comme dans les décrets français relatifs aux conditions d'implantation et aux conditions techniques de fonctionnement des Soins de Suite et de Réadaptation d’avril 2008, être seulement guidée par des considérations de flux de l’amont vers l’aval au détriment des dynamiques propres de spécialisation du secteur post-aigu. Le secteur français des activités de "rééducation fonctionnelle" correspondant aux USA aux "Inpatient Rehabilitation Facilities" et au Canada aux structures de "réadaptation des déficiences physiques" a purement et simplement été supprimé et l'on commence à en mesurer dans les restructurations actuelles les conséquences en terme d’accessibilité effective aux soins de réadaptation. Ce choix faisait suite à celui d'un système de classification prévoyant une tarification unique pour le champ si polymorphe du secteur post-aigu en France, les SSR. Ce système à la journée pondérée, par "groupe homogène de journée", le PMSI-SSR*, est fondé sur l'adaptation des ressource utilization groups des longs séjours américains. Il n'est pas conçu pour prendre en en compte les logiques cliniques qui président aux programmes de réadaptation. Chaque secteur, dans une filière intégrée de Porter[2], a une dynamique spécifique de spécialisation. Selon Mintzberg**, il est essentiel de comprendre que dans les organisations professionnelles comme l’hôpital ou l’université, les unités sont toujours différenciées à la fois par « fonction » (regroupement des spécialistes en fonction de leurs compétences, aptitudes et méthodes de travail) et par « marché » (groupes « homogènes » de patients bénéficiant des mêmes programmes de soins)[3]. Cette équivalence entre structure par fonction et structure par marché devrait permettre d’éviter un certain nombre d’erreurs dans la planification stratégique. Mintzberg pose d’emblée la question du paradoxe de la clinique, qui est de gérer la singularité à grande échelle. Il y répond ainsi :
"..traiter chaque cas comme un cas unique imposant une analyse complète exigerait d'énormes ressources...le processus de classement ne nie pas qu'il existe de l'incertitude dans le traitement du client: c'est même pour faire face à cette incertitude que le professionnel a besoin d'une latitude considérable dans son travail."
Ainsi, pour les structures de réadaptation médicale en post-aigu, la diversification doit assurer une couverture géographique des territoires en même temps qu’une graduation des niveaux de soins. Le Centre Fédéral d’Expertise belge en montre l’exemple pour la « réadaptation locomotrice et neurologique »[4]. Le principe de cette graduation est la complexité de la réadaptation et la prévalence des diagnostics requérant une réadaptation spécifique (exemple des accidents vasculaires cérébraux) ou très spécifique (comme les lésions médullaires hautes) en terme de compétences et de ressources engagées.
Les apports de Lawrence et Lorsch sur la complémentarité de la différenciation et de l’intégration en théorie des organisations ont été repris dans les synthèses de Mintzberg. Ils peuvent se résumer ainsi :
1) Plus l’environnement est complexe, turbulent et incertain, plus les organisations doivent être différenciées MAIS plus elles sont différenciées plus elles doivent mettre en place des mécanismes puissants d’intégration
2) Celles qui réussissent le mieux parviennent à intégrer et différencier en même temps. Elles répondent (« fit ») aux contraintes imposées par leur environnement.
Sous l'éclairage de la théorie des organisations, la réadaptation est un paradigme à la fois différenciateur et intégrateur. Paradigme, parce que disparaissant des textes, il n'est plus aujourd'hui un principe structurant des activités de soins post-aigus en France. Il est différenciateur en ce qu'il a permis le développement de compétences médicales et paramédicales aujourd'hui indispensables à la prise en charge des patients. Citons par exemple en Médecine Physique et de Réadaptation, les progrès de la neuro-orthopédie avec l'essor des traitements de la spasticité, la réadaptation des fonctions cognitives, la neuro-urologie, l'apport des nouvelles techniques d'analyse de la posture et du mouvement dans le champ de la neuro-réadaptation, ou encore la réadaptation des pathologies du rachis, la traumatologie du sport et le grand appareillage dans la réadaptation locomotrice. Citons aussi la réadaptation des grands brûlés, la réadaptation de l'enfant, la réadaptation cardiaque etc. Il est intégrateur car ces activités, ne peuvent s'exercer qu'au sein d'équipes ou « unités » pluridisciplinaires "intégrées" traitant des malades requérant un programme de réadaptation bien codifié, programme qui ne prend son sens qu'étroitement intriqué aux autres dimensions du soin, de la prévention à la réinsertion sociale, scolaire et / ou professionnelle.
Notons non sans un certain amusement, que les Canadiens, très préoccupés d'intégration des soins, ont réintroduit la notion de service avec les "programme-services" qui ont remplacé les "programmes-clientèles". Ceux-ci ont été accusés d'enfermer les patients dans des filières verticales trop rigides au regard de l'évolution incertaine de leurs besoins.
« Il est certain que toute personne intelligente peut apprendre de bonnes choses dans une salle de cours. Mais ne laissons pas se promouvoir la superficialité si répandue sous le nom de « management professionnel ». Nos organisations sont, simplement, une chose trop sérieuse pour cela. » (Henri Mintzberg, « Former des managers et non des diplômés de MBA », 1990)


[1] Glouberman S, Mintzberg H. Managing the care of health and the cure of disease.
Part I:
Differentiation
. Health Care Manage Rev. 2001 Winter;26(1):56-69; discussion 87-9. Part II: Integration. Health Care Manage Rev. 2001 Winter;26(1):70-84; discussion 87-9.
[2] Porter M. « What Is Value in Health Care? » New Engl. J. Med. 2010. 363: 26; 2477-2481
http://healthpolicyandreform.nejm.org/?p=13328
http://www.nejm.org/doi/pdf/10.1056/NEJMp1011024?ssource=hcrc
[3] Mintzberg Henry. Structure et dynamique des organisations. La bureaucratie professionnelle
[4] Organisation et financement de la réadaptation locomotrice et neurologique en Belgique. Centre fédéral d’expertise des soins de santé, 2005 ; Kiekens C et coll.,
http://www.kce.fgov.be/index_fr.aspx?SGREF=8945&CREF=9478

Notes
*PMSI: Programme de Médicalisation des Systèmes d'Information. Celui du court séjour est inspiré des Diagnosis Related Groups (DRG) de Fetter, censé mettre en congruence logique de prise en charge médicale et consommation des ressources.
**Mintzberg dans ce texte issu de "Structure et dynamique des organisations" explique assez clairement le mécanisme intime qui lie "structure intégrée" et "discipline" dans les établissements de soins (pour éviter de parler de "service" car le terme est actuellement déstabilisé) :
http://pagesperso-orange.fr/ampr-idf/documents/Mintzberg_bur_prof.pdf
" ..les procédés de travail sont beaucoup trop complexes pour être standardisés par les analystes. ..il est utile de se les représenter comme un répertoire de programmes standards - en fait ceux que les professionnels sont prêts à utiliser - qui sont appliqués à des situations répertoriées, prédéterminées qu'on peut appeler des "cas". On parle parfois à ce propos du processus de classement. le travail du professionnel comporte deux phases
1 déterminer dans quel cas standard se trouve le client (/ malade / patient / usager..)
2 appliquer le programme standard correspondant à ce cas..
C'est le processus de classement qui permet de découpler ses diverses tâches opérationnelles et de les affecter à des professionnels relativement autonomes.."
Structuration des unités dans les organisations professionnelles
" ..donnons deux exemples de ce phénomène, le service de gynécologie d'un hôpital et le département de chimie d'une université. Ils peuvent être qualifiés de fonctionnels parce que les spécialistes y sont regroupés en fonction de leurs compétences, de leurs aptitudes et des méthodes de travail qu'ils utilisent. Mais on peut dire aussi qu'il s'agit d'unités constituées sur la base de marchés puisque chacune d'elle traire un type particulier de clients, les femmes dans le premier cas, des étudiants en chimie dans le second."

samedi 20 août 2011

Le crépuscule des "idiots rationnels": la fin de la tarification à l'activité?



La T2A en question?
Alors que la tarification à l’activité (T2A) à 100% couplée aux enveloppes fermées et aux injonctions d’agence continue à asphyxier les hôpitaux publics français, dans l’attente de l'abracadrabrantesque convergence tarifaire entre public et privé et de l’accouchement au forceps de la T2A en Soins de Suite et de Réadaptation, la littérature internationale laisse espérer une évolution dans les modes managériales relatives aux paiements prospectifs.
Aux USA les effets délétères du fee-for-service commencent à faire envisager d’autres modèles de rémunération du service médical rendu. La managed competition entre les différentes étapes de la chaîne de soins et entre les différentes structures à un moment donné de la chaîne favorise en effet des parcours de soins de plus en plus fragmentés et incoordonnés, avec des surcoûts, des sur-fournitures, des sous-fournitures de soins, des gaps dans la continuité des soins à l’origine de pertes de chance inacceptables, voire d’augmentation de la mortalité au décours des soins post-aigus (Ottenbacher). Le résultat clinique, l’outcome, ce qui reste le plus difficile à évaluer, en pâtit, surtout pour les maladies chroniques et rien n’incite les acteurs à travailler en réseau en vue de ce résultat final (value driven health care).
Le constat quotidien des professionnels c'est que dans le système français, fragmenté par les lois de 1970 et 1975, entre secteur sanitaire et secteur de l'action sociale et médico-sociale, entre le champ des personnes âgées et celui des personnes handicapées, entre l'assuranciel "déconcentré" et l'assistanciel "décentralisé", les effets de "gap", de trous structuraux dans les parcours s'en trouvent démultipliés par rapport à ce qui est déjà régulièrement observé à l'étranger.

Le rapport suivant dresse la liste des effets négatifs du fee-for-service et évoque de nouvelles pistes orientées vers la valorisation de la "chaîne de valeur" et de l’intégration des soins. La volonté de favoriser des logiques de financement centrées sur l'outcome dans les maladies et états chroniques handicapants et quel que soit l'âge en est le fil conducteur:

Creating payment systems to accelerate value-driven health care: issues and options for policy reform Harold D. Miller Pittsburgh Regional Health Initiative September 2007 
http://www.commonwealthfund.org/Publications/Fund-Reports/2007/Sep/Creating-Payment-Systems-to-Accelerate-Value-Driven-Health-Care--Issues-and-Options-for-Policy-Refor.aspx

Le rapport complet: Cliquer ici
Différents modèles de substitution ou d'aménagement du fee-for-service sont proposés aux USA et dans d’autres pays. S’ils se situent toujours dans le cadre du paiement prospectif et font toujours référence au concept d’imputabilité dans les ACO (Accountable Care Organizations), et à la rémunération à la performance (voir schéma du NRHI), la concurrence encadrée n’est plus l’horizon indépassable de la construction d’un système de soins qui conjugue accessibilité, efficacité économique et qualité des soins tout en incitant les acteurs à travailler en réseau.
On envisage ainsi (liste non exhaustive):
- le paiement par épisodes de soins en couplant soins aigius et post-aigus (bundling),
- le financement global ( !) rénové et articulé aux nouvelles technologies de l’information,
- de nouveaux modèles pluri-compartimentaux de paiement des cliniciens,
- la capitation, somme d’agent à répartir pour une population donnée,
- le paiement à la trajectoire des soins, du premier recours à l’insertion sociale pour les maladies chroniques.
Ne crions pas trop vite victoire face à cette fin annoncée de la T2A. Quel que soit le mode de paiement et l’intérêt qu’on puisse porter à l’approche par la « chaîne de valeur » de Michaël Porter, c’est bien la représentation partagée du sens de l’action, que l’on tente de concrétiser par la représentation du résultat attendu, l’outcome, qui continuera à poser problème dans les rapports difficiles entre clinique et santé publique. Personne ne sait bien comment assembler les compétences, les parties prenantes légitimes, favoriser "l'intelligence territoriale", face aux tensions permanentes entre les quatre logiques souvent antagonistes: celle des professionnels, celle du marché, celle du management et celle du politique. Nous sommes loin d’être protégés contre de nouvelles décisions absurdes, qui sont toujours une œuvre collective selon Christian Morel.
Ainsi alors qu’aux USA le paiement à l’épisode de soin (bundling) combinant aigu et post-aigu est à l’étude, la société savante américaine de Médecine Physique et de Réadaptation (AAPM&R) insiste sur trois précautions préalables pour un système visant à ce que chaque patient ait accès en temps opportun aux prestations de réadaptation qu'il requiert au regard de l'état de l'art:
1 Des expériences pilotes avant le déploiement d’un système de financement qui pourrait réduire la qualité des soins (par exemple en conditionnant trop l’organisation post-aigue à la pathologie causale et/ou en lissant les prises charge en post-aigu au détriment des réadaptations intensives et complexes, la fluidité prenant alors le pas sur la pertinence des programmes de soins. Toute ressemblance avec le système français est ici volontaire, le caractère structurant de la réadaptation intensive, si présent à l'étranger et pas seulement aux USA, a été purement et simplement supprimé en France lors des réformes des SSR en 2008...

2 L’exploitation complète des résultats des systèmes existants pour le financement du secteur post-aigu.

3 L’obtention de données partagées qu’il s’agisse de données cliniques, de coûts, de parcours de soins et d’outcome.
Les médecins français devraient bien s’en inspirer dans la recherche de l’accessibilité aux données, aux inférences statistiques et aux interprétations qu’elles engendrent. Accepterons nous encore longtemps d’être « incités » par des manipulations d'agence, comme les « idiots rationnels » que l’économie de la santé prend pour postulat quand elle modélise les motivations des médecins? Si nous autres, professionnels, ne nous occupons pas de management et de tarification, le management et la tarification s’occuperont de nous!

Un changement de paradigme ?

Pourquoi cet échec du fee-for-service était-il prévisible ? Parce qu’on prend les médecins, les usagers et les managers pour des « idiots rationnels » selon l'expression d'Amartya Sen dans un champ d’activité ou le souci de l’autre, le "métier" et la combinaison des savoirs en équipe sont au moins aussi importants que le calcul égoïste et rationnel supposé par la théorie classique.

La fabrique de l'idiot rationnel en médecine

Dans son essai Ethique et économie , devenu un classique, Amartya Sen dénonce la théorie économique néo-classique de l’agent rationnel dénué de dimensions morales, culturelles et affectives, comme théorie de « l’idiot rationnel », l’agent humain considéré du seul point de vue de ses motivations économiques.

« Pourquoi l'économie orthodoxe a-t-elle tant recours aux mathématiques ?
Parce que son hypothèse fondatrice est que la société est une mécanique constituée d'individus qui se comportent comme des automates calculateurs rationnels et égoïstes, ou d'idiot rationnels, c'est-à-dire de gens qui passent leur vie à tout calculer en termes d'avantages monétaires, et qui n'ont ni liens sociaux, ni histoire, ni règles collectives, ni valeurs. »
Guy Minguet (sociologie du travail et de l’emploi)


Dis, c'est quoi la Rand corporation?

Le think tank qui conseille les administrations publiques (Center for Medicare & Medicaid Services où ont été expérimentés les paiements à l'activité)

A Theory of Yardstick Competition Andrei Shleifer The RAND Journal of Economics, Vol. 16, No. 3. (Autumn, 1985), pp. 319-327.
Yardstick competition vs. individual incentive regulation: What the theoretical literature has to say? Eshien CHONG

The market of lemons - George Akerlov Cliquer ici (théorie de l'agence et asymétrie d'information dans les contrats)

L'antidote

Amartya Sen. Des idiots rationnels, critique de la conception du comportement dans la théorie économique" (pp. 88-116), in Ethique et économie, Paris, PUF, 1987.
http://www.scribd.com/doc/7259984/Sen-Rational-Fools-a-Critique-of-the-Behavioral-Foundations-of-Economic-Theory
«L'homme purement économique est à vrai dire un vrai demeuré social. La théorie économique s'est beaucoup occupée de cet idiot rationnel, drapé dans la gloire de son classement unique et multifonctionnel de préférences. » 


Amartya Sen
“The overall success of the firm is, to a large extent, a public good from which there is a common benefit, to which all contribute, and which is not divided up into little parcels of person-specific rewards, strictly linked with each person’s respective contribution. And this is precisely where motives other than narrow self-seeking become critical for productivity.” Amartya Sen


Et ensuite?

Il est notoire que les autorités publiques sont aujourd'hui informées des limites de l'approche du public choice qui fonde le Nouveau Management Public et sa déclinaison française la RGPP. En témoigne ce rapport de l'IGAS:
Rapport de l’IGAS sur la rémunération des médecins à la performance - 2008
http://integeco.u-bordeaux4.fr/acte.pdf
Le rapport de l'IGAS est conscient des limites inhérentes à l'économie classique quand elle est appliquée aux motivations des médecins et des usagers. Pourquoi donc persiste-t-on dans l’erreur au mépris des données probantes de l'evidence based management et de la littérature internationale ?
Irait-on jusqu’à nous prendre pour des idiots irrationnels ?

The End of Fee-for-Service Medicine? Proposals for Payment Reform in Massachusetts
NEJM | July 29, 2009 | Topics: Cost of Health Care, Medicare and Medicaid

http://healthpolicyandreform.nejm.org/?p=1247 

Trends in Length of Stay, Living Setting, Functional Outcome, and Mortality Following Medical Rehabilitation - Kenneth J. Ottenbacher, PhD, OTR; Pam M. Smith, DNS, RN; Sandra B. Illig, MS, RN; Richard T. Linn, PhD; Glenn V. Ostir, PhD; Carl V. Granger, MD JAMA. 2004;292:1687-1695.
http://jama.ama-assn.org/cgi/content/full/292/14/1687


Post-acute care bundling plans - Cherilyn G. Murer
(Cet article évoque les bundle à l'étude entre court séjour et psot-aigu et les propositions de l'AAPM&R)

« What Is Value in Health Care? » de Michael Porter - New Engl. J. Med. 2010. 363: 26; 2477-2481
Article cité dans l'épilogue du livre de Laurent Degos: santé pour sortir des crises?
http://healthpolicyandreform.nejm.org/?p=13328
http://www.nejm.org/doi/pdf/10.1056/NEJMp1011024?ssource=hcrc


Site du NRHI (Network for Regional Healthcare Improvement - Pittsburgh):
Incentives For Excellence: Rebuilding rebuilding the healthcare payment system from the ground up.

http://www.nrhi.org/downloads/ROOTS_Incentives_For_Excellence.pdf 



Proposals for Improved payment Systems
http://www.nrhi.org/proposals.html


Effects of Pay for Performance on the Quality of Primary Care in England - N Engl J Med 2009; 361:368-378
http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMsa0807651#t=articleTop