samedi 21 septembre 2013

Vente de la sécu par appartements: la Cour des comptes préconise « un nouveau partage des rôles » entre la Sécurité sociale et les complémentaires...


L'art d'ignorer la solidarité

« Les coûts administratifs sont généralement plus élevés dans les pays où l’assurance privée prédomine. »
«..., les pays où les inégalités sont les plus faibles en matière de santé tendent aussi à afficher un meilleur état de santé moyen, comme c’est le cas en Islande, en Italie et en Suède. »
« La marchandisation dérégulée des systèmes de santé les rend très inefficaces et très coûteux ; elle accentue les inégalités et conduit à des soins de qualité médiocre, voire parfois dangereux.» 

S'il vous manquait encore une raison lisez et Signez l'appel pour sauver la sécu!

La lecture du Rapport annuel de la Cour des comptes sur l'application des lois de financement de la sécurité sociale (2013) m'a invité à détourner un dessin de Matson consacré aux bonus et à l'économie américaine (voir l'original)


« L’opinion doit apprendre à tolérer l’inégalité comme moyen d’atteindre une plus grande prospérité pour tous. » Lord Griffiths, vice-président de Goldman Sachs, The Guardian, 21 octobre 2009.

Les propositions et arrières pensées réformatrices à peine masquées du rapport de la Cour des Comptes ont été reprises avec beaucoup d'insistance par "Les Echos". Les pompiers pyromanes du système de santé ne changent pas de cap, c'est modèle du marché régulé ("regulated market model") censé favoriser l'efficience.
" La Cour va plus loin en proposant « un nouveau partage des rôles » entre la Sécurité sociale et les complémentaires. Dès lors que le gouvernement affiche son intention de généraliser l'accès aux mutuelles à l'intégralité de la population, on pourrait « à terme »envisager « la suppression de l'intervention de l'assurance-maladie obligatoire pour l'optique et sa prise en charge au premier euro par les complémentaires », estiment les sages de la Rue Cambon.
On sait à quel point de puissants lobbys soutiennent la marchandisation des assurances maladies. Citons en premier lieu l'Institut Montaigne (Claude Bébéar: AXA...) avec ses actions très soutenues à destination des appareils idéologiques de santé, comme la Cour des comptes, et toujours en faveur des complémentaires santé.

Le schéma ci-dessous permet de mettre en place les acteurs et les rapports entre acteurs au sein des nouveaux consortiums envisagés: un assureur unique = la "sécu", comme en France, et plusieurs assureurs = assurances privées en concurrence, sous forme de "réseaux de soins coordonnés", dont on met en avant le caractère quelquefois "mutualiste", concept qui reste pourtant à clarifier dans le contexte européen.
Rien ne prouve que le système multi-assureur soit efficient ni source d'une meilleure qualité des soins; au contraire, de nombreux arguments plaident contre, repris d'ailleurs par des analyses comparatives de l'OCDE (1), souvent plus beaucoup plus pondérée dans ses avis que nos prétendus "experts" français.




Mais le paquebot du prétendu "plan de sauvetage" de la sécu semble irrémédiablement lancé:

Il suffit de prendre un ou deux boucs émissaires, le champ de l'optique et la question du "reste à charge", et hop! La rhétorique managériale de marché a gagné! Il sera facile ensuite d'étendre le modèle à d'autres types de soins comme la réadaptation, les soins chroniques, l’accompagnement des personnes en perte d'autonomie ou d'autres domaines pour lesquels on estimera à tort suivant le mot du vice-président de Goldman Sachs que la prospérité de tous justifie des inégalités que Rawls qualifierait "d'acceptables". Improductifs, gare à vous!

La crise est avant tout politique. Les élus promettent plus qu'ils ne peuvent tenir. Ils tentent d'être réélus tout en masquant derrière la novlangue managérialiste un rationnement des soins qui vise à réduire les dépenses de santé. leurs méthodes semi-habiles induisent des inégalités de santé inacceptables en terme d’accessibilité, de solidarité et, à l'évidence, d'efficience.  Professionnels, directeurs et patients sont accablés au quotidien par l'hypertrophie bureaucratique et caporalisée de la planification descendante et du reporting. Le manager est devenu un fusible, la malade est un produit à court terme, le médecin un petit technicien de santé qu'il faut "inciter" au service de prétendus process industriels qui, en dehors de rares situations standardisables restent en réalité une vue de l'esprit destinée à justifier le rationnement. Même si les élus ne croient pas plus que cela au "mythe du marché efficient" (Mintzberg), ils croient qu'à court terme, le meilleur moyen de réduire la dette est de marchandiser tout à la fois l'offre de soins et les assurances santé. C'est une pensée politique à court terme induite par la crise actuelle qu'on peut se résumer ainsi:
  • Transition sanitaire, à la fois technologique, épidémiologique et sociologique
  • Révolution digitale et méthodes industrielles de logistique (supply chain) appliquées aux systèmes de santé sur des modèles de résultats artificiels (output myopes et non outcome)
  • 2ème mondialisation (Daniel Cohen "Trois leçons sur la société post-industrielle")

Loi HPST: l'art d'ignorer la démocratie


En France, la loi HPST n'instaure pas la démocratie mais bien une démocrature sanitaire. Elle semble avoir conféré tous les pouvoirs aux "managers de santé" que ceux-ci réclamaient de longue date au nom de l'efficience gestionnaire. Ce pouvoir a une apparence, une solide chaîne de commandement issue de la direction par objectifs et de la gestion par les résultats. Il a une réalité, qui interdit de fait toute autonomie et toute décentralisation réelle dans l'organisation des soins, qui entraîne toujours plus de sous efficience et de pertes de chances, et qui est que les managers sont devenus les petits tyranneaux du rationnement des soins, impuissants vers le haut et tout puissants vers le bas.

L'alliance avec le marché n'est que de circonstance. 

Lire James K. Galbraith: "L'Etat prédateur - Comment la droite a renoncé au marché libre et pourqyoi la gauche devrait en faire autant."
Lire Didier Tabuteau: "Démocratie sanitaire - les nouveaux défis de la politique de santé"
Démocratie sanitaire  De Didier Tabuteau - Odile Jacob"La politique du salami"
Hélas, l'article de Tabuteau intitulé "Les métamorphoses silencieuses des assurances maladie" n'est pas en ligne (DROIT SOCIAL, n° 1, 2010/01, pages 85-92). 
"Le rapprochement et l’interpénétration de l’assurance maladie obligatoire et de la protection complémentaire s’inscrivent dans la même logique. Franchise après forfait, augmentation du ticket modérateur après dépassement d’honoraires, l’assurance-maladie laisse, pas à pas, dans une démarche qu’on a pu qualifier de « politique du salami », place aux organismes d’assurance complémentaire."

Mais je vous conseille très vivement de lire:


L'art d'ignorer les improductifs


Le célèbre article de John K. Galbraith intitulé "l'art d'ignorer les pauvres" pourrait-être étendu à "l'art d'ignorer les improductifs":

Avant l'invention de la rhétorique managériale de marché

A titre d’exemple voici ce qu’écrivait le directeur de l’Assistance publique en 1852 :

« Nous ne voyons pas la moindre nécessité de créer à grands frais, pour ces pauvres êtres déchus, des places dans les asiles d’aliénés. Nous serions d’avis qu’on crée, pour ces idiots, des maisons de refuge et d’hospitalité où l’on pourrait sans inconvénient et même avec avantage y réunir 600 à 800 individus. Le régime économique y serait simple et peu coûteux. Par là, on satisfait à tout ce qu’exige l’humanité et la sûreté publique ; on économiserait des sommes importantes. »

Réponse de l'administration à Bourneville, un demi-siècle plus tard:

« ces petits incurables ne justifient pas les sacrifices énoncés qu’ils demandent, et d’ailleurs l’augmentation du nombre de lits ne nous rendra pas un citoyen français utilisable à prendre parmi eux ». Il s’agit, ajoute le fonctionnaire zélé qui a écrit cette lettre, « d’enfants incurables qui, à de rares exceptions près, doivent être considérés comme des non valeurs sociales absolues ».
Source: Dr Bernard Durand. La question du handicap psychique

Après l'invention de la novlangue

« L’opinion doit apprendre à tolérer l’inégalité comme moyen d’atteindre une plus grande prospérité pour tous. » Lord Griffiths, vice-président de Goldman Sachs, The Guardian, 21 octobre 2009.

Conclusion


Je n'ai rien contre la finance qui est sans doute un des meilleurs moyens de faire passer de l'argent qui dort vers de gens qui ont des idées pour créer des biens et des services. Mais attention à ne pas libérer la "putain universelle" de Shakespeare, car elle conduit à ignorer tout souci de l'autre. Les économistes se sont approprié la santé dont ils ont fait un terrain d'expérimentation. Ils sont, pour reprendre le mot de Keynes, "au volant de notre société alors qu'ils devraient être assis sur la banquette arrière". Mais qui les a fait rois, et pour dissimuler quoi?

Notre système est l'enfant monstrueux du centralisme de défiance institué par Bonaparte et de la nouvelle technocratie pseudo-marchande qui guide l'action publique, entre le managérialisme entrepreneurial et le mythe de la concurrence régulée qui a remplacé chez les libéraux le souci de la libre entreprise. Henry Mintzberg a ainsi résumé la synergie délétère qui nous accable. : 

"L’alliance entre des entreprises qui pensent avoir le droit moral de faire ce qu’elles veulent et une théorie économique qui les conforte en érigeant en dogme le mythe du marché efficient nous a conduits à la catastrophe" Henry Mintzberg

Terminons avec Alexis de Tocqueville, doué d'une évidente intuition de la démocrature, qui résume si bien la question de la santé publique et du calcul politique des coûts d'opportunité:

« Un mot abstrait est comme une boîte à double fond ; on y met les idées que l'on désire, et on les en retire sans que personne le voie. » Alexis de Tocqueville

« Il n'y a rien de si difficile à distinguer que les nuances qui séparent un malheur immérité d'une infortune que le vice a produit.» Alexis de Tocqueville

dimanche 25 août 2013

Pour un système de soins accessible, solidaire et... efficient. Signons la pétition pour sauver la "sécu"


Voici un appel en faveur de la sécurité sociale et contre le passage insidieux et progressif à une prise en charge par les assurances dites « complémentaires » des dépenses de santé assurées encore pour l’instant, en majorité, par la solidarité nationale. Les comparaisons internationales montrent qu'un système à payeur unique est moins coûteux en termes de dépenses administratives, plus juste et plus accessible (1). Masquer le rationnement des soins en rationalisation par des "experts" au service des coalitions dominantes conduit, dans l'ignorance des parties prenantes, à l'actuelle "démocrature sanitaire", car il implique, au delà des incantations officielles, toujours plus de déni de citoyenneté et de dépossession démocratique. Par ces méthodes de gouvernance, qui sont autant de "mythes rationnels" au service d'élus qui promettent toujours plus qu'ils ne peuvent tenir, les apprentis sorciers de l'action publique ne savent que rendre le système toujours plus inefficient, toujours plus injuste et toujours moins respectueux des libertés réelles, à rebours des objectifs affichés.

Les signataires de cet appel, publié par le Parisien, rassemblent des hommes politiques de tous les horizons et de nombreuses personnalités. Diffusez-le largement.

Il est possible de le signer à l'adresse suivante: 
Pour signer l'appel

(1) OCDE 2010, “Améliorer le rapport coût-efficacité des systèmes de santé”, OCDE Département des Affaires Économiques, Note de politique économique, no 2.
"Les coûts administratifs sont généralement plus élevés dans les pays où l’assurance privée prédomine."
"..., les pays où les inégalités sont les plus faibles en matière de santé tendent aussi à afficher un meilleur état de santé moyen, comme c’est le cas en Islande, en Italie et en Suède. "
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POUR UN DEBAT PUBLIC SUR LA SANTE

Les Français dépensent 12 % de la richesse nationale (PIB) pour se soigner, comme les Hollandais, les Suisses, les Canadiens ou les Allemands. La Sécurité sociale a eu pour ambition pendant un demi-siècle de permettre aux malades d’être soignés sans qu’il ne leur en coûte (trop) tout en cotisant en fonction de leurs ressources. Depuis une décennie, au lieu de renforcer la lutte contre les dépenses injustifiées et de donner un nouvel élan au service public de l’assurance maladie, le choix a été fait de transférer progressivement la prise en charge des soins courants (c'est-à-dire hors hospitalisation et hors affections de longue durée ALD) vers les assurances dites « complémentaires » (mutuelles, institutions de prévoyance et assureurs privés à but lucratif). Aujourd’hui, la Sécurité sociale ne rembourse plus qu’environ 50 % des soins courants et bien moins encore pour les soins d’optique, dentaires et d’audioprothèses. Si l’on poursuit dans cette voie, la protection sociale ne prendra bientôt plus en charge que les patients les plus démunis et les malades les plus gravement atteints.

Nous sommes en train de passer, sans débat démocratique, d’une logique de prise en charge solidaire pour tous à une logique d’assistance pour les plus pauvres et d’assurance pour les plus riches.

Or les assurances complémentaires sont :

- moins égalitaires, leurs tarifs varient selon la « gamme » des prestations remboursées et sont plus élevés pour les familles et les personnes âgées,

- moins solidaires, le plus souvent leurs primes n’augmentent pas en fonction des revenus des assurés

- plus chères, leurs frais de gestion dépassent souvent 15 % des prestations versées, contre moins de 5 % pour la Sécurité sociale.

De plus, les contrats collectifs d’entreprise, réservés à certains salariés, bénéficient d’exonérations d’impôts et de cotisations sociales, qui coûtent aujourd’hui plusieurs milliards d’euros à l’Etat et à la Sécurité Sociale, et demain plus encore à la faveur de l’accord national interprofessionnel (ANI) de 2013, quoi que l’on puisse penser de cet accord par ailleurs.

Les usagers et les professionnels de santé se mobilisent pour arrêter cette dérive qui sonne le glas de notre Sécurité sociale universelle et solidaire, et contribue à creuser les inégalités sociales de santé. Nous demandons que s’ouvre un large débat citoyen, suivi d’un vote solennel de la Représentation nationale, sur le choix entre le financement des dépenses de santé par la Sécurité sociale ou par un assureur privé dit « complémentaire ».

Appel lancé à l’initiative de François Bourdillon, Mady Denantes, Anne Gervais , Bernard Granger, André Grimaldi, Anne Marie Magnier, Martial Olivier-Koehret, Frédéric Pierru, Didier Tabuteau.
Signé par :

Dr Marie Laure ALBY, médecin généraliste, Paris

M. Paul ALLIES, professeur de droit, Montpellier

Mme Christine ANDRE, économiste, ancienne directrice de recherche au CNRM

M. Michel ANTONY ancien président de la coordination de défense des hôpitaux et maternité de proximité ( CDHMP)

Mme Aline ARCHIMBAUD, sénatrice

Pr Patrick AUBOURG, CHU Kremlin-Bicêtre

Pr Isabelle AUQUIT-AUCKBUR CHU, Rouen

Pr André BARUCHEL, CHU Robert Debré, Paris

M. Philippe BATIFOULIER, économiste, maître de conférences, Paris Ouest

M. Olivier BEAUD, professeur de droit, Paris

Pr Jacques BELGHITI,CHU Beaujon, Clichy

Pr Patrick BERCHE, doyen de la Faculté de médecine de Paris 5

Pr Jean François BERGMANN, CHU Lariboisière, Paris

Dr Olivier BERNARD, ancien président de Médecins du Monde

M. Michel BORGETTO, professeur de droit, Paris

Pr Pierre BOUGNERES CHU Kremlin-Bicêtre

Dr François BOURDILLON, CHU Pitié Salpêtrière, Paris

M. Jacques BOUVERESSE, philosophe, professeur honoraire au Collège de France

Pr Marie Germaine BOUSSER, CHU Lariboisière, Paris

M. Yves BUR, ancien député

M. Francis BUTON, politiste, chargé de recherches au CNRS, Montpellier

Dr Rony BRAUMAN ancien président de Médecins sans Frontière (MSF)

Dr Julien CABATON président de l’inter syndicat national des chefs de clinique assistants

M. Alain CAILLE, sociologue, professeur, Paris

Mme Marie-Line CAL, économiste, maître de conférences, université de Bordeaux

Pr Loïc CAPRON, président de la CME de l’APHP

Pr Yves CATONNE, CHU Pitié Salpêtrière

Mme Nathalie CHABANNE députée

M. Jean CHARBONNEL ancien ministre du Général de Gaulle

M. André CHASSAIGNE député

Pr. Franck CHAUVIN, CHU Saint Etienne

M. Pierre CHAUVIN, épidémiologiste, directeur de recherches à l’INSERM

Pr Olivier CHOSIDOW, CHU Mondor, Créteil

M. Pierre CONCIALDI, économiste

M. Gérard CORNILLEAU,OFCE, Directeur adjoint au département des études

M. Daniel COSTANTINI, ancien entraîneur de l’équipe de France masculine de handball

Mme Annick COUPE ,porte parole nationale de l’Union syndicale Solidaires

M. Edouard COUTY, Président FHF Rhône-Alpes

Pr Bertrand DAUTZENBERG, Président de l’office français de prévention du tabagisme

Pr Bernard DEBRE, député

Mme Florence DELAY, écrivaine, membre de l’Académie française

Pr Pierre DELION, CHRU Lille

Dr Mady DENANTES, médecin généraliste, Paris

M. Jean-Paul DOMIN, économiste, maître de conférences, université de Reims

Mme Brigitte DORMONT, économiste, professeur, université Paris Dauphine

Dr Dominique DUPAGNE, médecin généraliste, Paris

M. Nicolas DUPONT-AIGNAN, député

Dr Laurent EL GHOZI, Président de l’association « Elus, Santé Publique et Territoires »

Dr Hector FALCOFF, médecin généraliste, Paris

Pr Didier FASSIN, anthropologue, Institute for advanced study Princeton

Pr Alain FISCHER, CHU Necker, Paris, professeur au Collège de France

M. Alain FLAJOLET, ancien député

Mme Sophie FOUCHER, Présidente de l’Union nationale et syndicale des sages-femmes

Dr Irène FRACHON, CHU Brest

Mme Jacqueline FRAYSSE, députée

Mme Maryse GADREAU, économiste, professeur émérite, université de Bourgogne

Dr Jean Luc GALLAIS, médecin généraliste, Paris

Pr Noël GARABEDIAN, CHU Necker, Paris

M. Marcel GAUCHET, philosophe

M. Hervé GAYMARD ,ancien ministre

Mme Susan GEORGE, écrivaine

Dr Claire GEORGES-TARRAGANO, CHU Saint Louis, Paris

Dr Anne GERVAIS, Vice-présidente de la CME de l’APHP

Mme Claudine GILLANT ,infirmière, Présidente de l’URPS infirmières Lorraine

Dr Jean GODARD médecin généraliste, Haute Normandie

M. Gaétan GORCE, sénateur

Pr Bernard GRANGER, CHU Cochin, Paris

Pr André GRIMALDI, CHU Pitié Salpêtrière, Paris

Mme Bernadette GROISON secrétaire de la FSU

M. Jérôme GUEDJ, député

M. Rodolphe HALAMA, Délégué général du Lien

Dr Virginie HALLEY DES FONTAINES, MCUPH, Paris 6

M. Hervé HAMON, écrivain

M. Jean-Marie HARRIBEY économiste Université de Bordeaux

M. Patrick HASSENTEUFEL, politiste, professeur université de Saint Quentin en Yvelines

Mme Françoise HERITIER, anthropologue, Professeur honoraire au Collège de France

Mme Béatrice HIBOU, politiste, directrice de recherche au CNRS, Paris

Mme Gisèle HOARAU, Cadre supérieur de Santé, Pitié Salpêtrière

Dr Gladys IBANEZ, médecin généraliste, Paris

M. Gérard JORLAND, philosophe, directeur d’études à l’EHESS

M. Eric JOUGLA, épidémiologiste, INSERM, Kremlin-Bicêtre

M. Jacques JULLIARD, historien, essayiste

Mme Florence JUSOT, économiste, professeur, université de Rouen

M. Jean-Pierre KAHANE, mathématicien, membre de l’Académie des Sciences

Pr Marcel Francis KAHN, CHU Bichat Paris

Dr Tania KHARITONOFF, CH Dax

M. Chaynesse KHIROUNI, député

M Jean LABIB, producteur de cinéma

M. Robert LAFORE, professeur de droit, IEP Bordeaux

Pr Thierry LANG, épidémiologiste, CHU Toulouse

Mme Hélène LANGEVIN-JOLIOT, physicienne, Directrice de recherche honoraire au CNRS

Pr Véronique LEBLOND, CHU Pitié Salpêtrière, Paris

M. Jean-François LEGUIL-BAYART, politiste, directeur de recherche au CNRS, Paris

Dr Evelyne LENOBLE, CH Sainte Anne, Paris

M. Daniel LE SCORNET ancien président d’une fédération mutualiste

M. Emmanuel LOEB ,Président de l’ISNI (Inter syndicat national des internes)

Dr Anne Marie MAGNIER, professeur de médecine générale, Paris 6

M. Noël MAMERE, député

Pr Jean Paul MARIE, CHU Rouen

Pr Christophe MARGUET, CHU Rouen

Dr François MARTIN, CH Dreux

Pr Alain Charles MASQUELET, CHU Saint-Antoine, Paris

Dr Didier MENARD, médecin généraliste, président du Syndicat de la médecine générale

Dr Marie Christine MEYNARD ,médecin généraliste ,Paris

Pr Jean-Philippe METZGER, CHU Pitié Salpêtrière, Paris

M. Alain MILON, sénateur

Pr Jean-Louis MISSET, CHU Saint-Louis, Paris

Dr François MORVAN CH Pontoise

Pr Marie Rose MORO, CHU Cochin, Paris

Pr Guy MOULIN, Président de la conférence des présidents des CME de CHU

Mme Françoise NAY présidente de la CDHMP

Dr Martial OLIVIER-KOEHRET, médecin généraliste

M. Pierre PASCAL ancien directeur des ministères de la Santé et du Travail

Dr Anne PERRAUT-SOLIVERES, Directrice de la revue Pratiques

M. Dominique PESTRE, historien des sciences, directeur d’études à l’EHESS

Dr Georges PICHEROT, CHU Nantes

Dr Jean François PINEL CHU Rennes

M. Patrice PINELL, sociologue, directeur de recherches à l’INSERM, Paris

M. Frédéric PIERRU, sociologue, chargé de recherches au CNRS, Lille

M. Robert POUJADE, ancien ministre

Mme Claude RAMBAUD, Présidente du Collectif inter-associatif sur la Santé (CISS)

M. Gérard RAYMOND, Secrétaire Général Association Française des Diabétiques

M. Michel ROCARD, ancien Premier Ministre

Mme Barbara ROMAGNAN, députée

Dr Antoine ROUX Hôpital Foch Suresnes

M. Thomas SANNIE, Président de l’association française des hémophiles

Pr Didier SICARD, ancien Président du Comité National d’Ethique

Mme Evelyne SIRE-MARIN, ancienne Présidente du Syndicat de la Magistrature, vice présidente du TGI de Paris

M. Jean Louis SPAN président de la Fédération des petites et moyennes mutuelles(FDPMM)

Dr Nicole SMOLSKI, CHU Lyon

M. Bruno SPIRE, Président de AIDES

M. Henri STERDYNIAK, Coprésident des économistes atterrés

M. Didier TABUTEAU, responsable de la chaire Santé de Sciences Po Paris

M. Bruno THERET, économiste, directeur de recherche émérite au CNRS

Dr Serge TISSERON, psychiatre, Paris

Pr José Alain SAHEL, Hôpital des XV-XX, Paris

Pr Laurent SEDEL, CHU Lariboisière, Paris

Pr Jean Paul VERNANT, CHU Pitié Salpêtrière, Paris

M. Olivier VERAN, député

Pr Bernard VIALETTES, CHU La Timone, Marseille

M. Laurent VISIER, professeur de sociologie, Université Montpellier1

M. Pierre VOLOVITCH, économiste, Observatoire de l’environnement mutualiste

M. Henri WEBER, député européen

M. Patrick WEIL, historien et politologue

Mme Peggy WIHLIDAL, déléguée générale, Soins Coordonnés

Webographie: intégration ou dés-intégration verticale des soins?










Faut-il avoir peur de l'intégration des soins?

OCDE 2010, “Améliorer le rapport coût-efficacité des systèmes de santé”, OCDE Département des Affaires Économiques, Note de politique économique, no 2.
"Les coûts administratifs sont généralement plus élevés dans les pays où l’assurance privée prédomine.")
"..., les pays où les inégalités sont les plus faibles en matière de santé tendent aussi à afficher un meilleur état de santé moyen, comme c’est le cas en Islande, en Italie et en Suède. "

jeudi 15 août 2013

Rémunération des médecins et intégration des soins


Hello, happy accountables!

"La médecine, c'est ingrat. Quand on se fait honorer par les riches, on a l'air d'un larbin ; par les pauvres, on a tout du voleur." Louis-Ferdinand Céline

"La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici, nous avons réuni théorie et pratique : Rien ne fonctionne... et personne ne sait pourquoi !" Albert Einstein

"Ça n´est pas ce qu´on fait qui compte,
C´est l´histoire, c'est l'histoire 
La façon dont on l´raconte
Pour se faire valoir." Yves Duteil

Rémunération des médecins et organisation des soins

J'ai déjà dit à plusieurs reprises que les usagers devraient se méfier de la stratégie du bouc émissaire utilisée par un Etat providence quand il se transforme sans l'avouer en Etat prédateur. Nous avons cité ces boucs émissaires: le médecin en "idiot rationnel", calculateur égoïste de l'économie classique et passager clandestin des établissements de santé, le directeur d'hôpital incapable de gérer un argent qui n'est pas le sien (corporate governance), l'usager en crétin gaspilleur d'argent public et surmédicalisé, qu'il faut inciter à moins consommer par des restes à charge croissants, enfin l'élu local, obsédé de conserver son hôpital local au détriment des calculs savants de coûts d'opportunité fait par les experts du haut. Les usagers seraient bien avisés avant une hospitalisation, même si l'intégration croissante des "filières" avant tout guidées par la libération accélérée des lits ne leur laisse guère de choix, de se détourner des "palmarès d'hôpitaux" pour se renseigner davantage sur des indicateurs simples: les véritables compétences disponibles, l'expérience des équipes et les temps de soins disponibles au regard des effectifs alloués par le management, la principale variable d'ajustement laissée aux directeurs par notre ubuesque adaptation française de la "compétition régulée".

La question obsédante du lien entre l'organisation des soins, leur qualité, leur accessibilité, leur efficience et la rémunération des médecins est relancée par cet article du monde:

L'intérim à l'hôpital, un tabou qui coûte cher - LE MONDE - 12.08.2013
(Voir aussi:  Médecin mercenaire ? "Il n'y a rien de honteux à cela")

Dans ce que j'ai pu lire sur la rémunération et les motivations des médecins, dans la littérature française et internationale, parmi les écrits qui me semblent les plus sensés émergent ceux de Glouberman dont voici un extrait, en bleu au dessous de la première référence. Ce qui est dit des médecins peut bien entendu s'appliquer aux autres professionnels cliniciens, et je n'ai pas dit "de santé", tant il est urgent de distinguer les soins de santé réels de la "grande santé" conceptualisée par l'action publique et ses calculs de "coûts d'opportunité".

Dans les écrits américains sur les recompositions hospitalières, considérant l'intégration verticale et horizontale de l'offre de soins, le paiement des médecins par un "salaire" est considéré comme une méthode d'intégration économique et industrielle parmi d'autres. Considérée comme telle, débarrassée du langage "bisounours" et idéologique de la rhétorique managériale qui nous accable au quotidien, elle n'a pas fait ses preuves, que ce soit en termes d'accessibilité, d'efficience ou de qualité des soins. "Nothing worked" en quelque sorte. Pourtant certains "réseaux intégrés" fonctionnent bien ça et là, mais comme il est très difficile de comprendre pourquoi et comment ils ont émergé "d'en bas", ils ne peuvent être décrétés ni reproduits "d'en haut" (Kaiser Permanente, Geisinger, Réseau de la Mayo Clinic etc.)

Si le modèle de statut des médecins des Hôpitaux était remis en cause en France, et je ne suis pas certain, bien qu'il soit obsolète, que ce soit si urgent tant on risque une dé-professionnalisation galopante et la destruction des compétences clés aujourd'hui si évidente dans l'usage immodéré des mercenaires médicaux et paramédicaux, il me semble, au risque d'en choquer certains, que s'il fallait abandonner le système de rémunération actuel, je préférerais être payé selon des marqueurs d'activités clés, certes très imparfaits, que sont "l'acte" ou le "cas traité". De bons "marqueurs" des procédés de travail, certes de durée variable, mais qui font sens pour l'activité clinique ne valent-ils pas mieux que ces indicateurs d'activités qu'on a reconstruites artificiellement comme "objets de coûts", avec l'aide de marchands de données trop souvent démunies de cohérence médicale et de cabinets de conseil, grassement payés pour prétendre extraire des une cartographie des "processus" de nos boites noires hospitalières? Ne sont-ils pas davantage porteurs de sens qu'une fausse performance (P4P) définie par des indicateurs myopes au service d'une politique de rationnement des soins?
Bien sûr, loin de la compétition encadrée de tous contre tous, qui nous incite aujourd'hui à ne pas coopérer pour survivre, cela ne se conçoit que dans un hôpital enfin ouvert sur son territoire, un hôpital qui serait dirigé, et non plus seulement "géré", par ses parties prenantes légitimes. Cet hôpital partenaire de son territoire et des soins de premier recours, acteur d'un réseau de confiance décentralisé, serait enfin capable de mettre en place des moyens d'intégration complémentaire aux effets de silos inhérents à la différenciation des activités.

Le rideau de fumée, l'appareil idéologique chargé de dissimuler ce rationnement inégal, qui renonce aux principes d'universalité et de solidarité, c'est la "bureaucratie concurrentielle" et infantilisante mise en place par le New Public management ("pensée managériale de marché" selon André Grimaldi, "déconcentralisation" selon Frédéric Pierru, la bureaucratie divisionnelle selon Henry Mintzberg, fondée sur la standardisation des "résultats")
Les débats actuels interrogent nos évidences face au paradoxe du médecin hospitalier, "employé de l'hôpital", technicien de santé que certains voudraient entièrement soumis à une business strategy elle même sous la coupe d'une corporate strategy, versus "profession libérale à l'hôpital" qui utilise des moyens mis à sa disposition sous contrat, respectant des normes de comportement définies à l'extérieur (déontologie, état de l'art), recherchant avant tout l'intérêt individuel du patient qui lui fait confiance, tout en acceptant la reddition de comptes que suppose une responsabilité populationnelle. Mais attention, il s'agit bien là d'une "double relation d'agence". Deux conceptions des liens entre médecine et politiques publiques s'affrontent, entre humanisme et utilitarisme.

Incompatibilité entre humanisme médical et utilitarisme des politiques publiques

« Les agents de l'Etat ont pour but principal de satisfaire leur utilité, c'est à dire de servir leurs intérêts personnels dans le cadre de certaines limites institutionnelles et ensuite seulement se préoccupe de la politique que l'opinion attend d'eux. » Gordon Tullock. Le marché politique: analyse économique des processus politiques.

« Ils sont toujours sans hésitation en faveur du développement des institutions dont ils sont les experts. » Hayek à propos des experts.

« On dit qu’une action est conforme au principe d’utilité, quand la tendance qu’elle a d’augmenter le bonheur de la communauté l’emporte sur celle qu’elle a de le diminuer. » Jeremy Bentham

« Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours comme une fin, et jamais simplement comme un moyen » Kant.
.
Webographie

1. Sholom Glouberman. Les risques associés à la déstabilisation des systèmes complexes. (Commentaire d'un article d'André Pierre Contandriopoulos)

"La façon dont les médecins sont rémunérés pourrait ne pas être aussi importante que le montant et la stabilité du revenu." 

"Le changement du mode de rémunération des médecins s'appuie sur l'hypothèse que ceux-ci cherchent toujours à maximiser leur revenu c'est à dire qu'ils se comportent toujours comme des agents économiques rationnels. Les économistes empiriques ont commencé à mettre en doute la notion que de tels stimulants économiques classiques fonctionnent universellement. Il demeure certain que dans le cas des médecins, des preuves substantielles montrent qu'ils n'opèrent pas. Une étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, 1990) laissait croire que, dans la plupart des pays de l'OCDE, le revenu des médecins se trouvait dans une plage étroite allant de trois à cinq fois le revenu national moyen. Cela correspond à la conclusion répandue que les médecins travaillent jusqu'à atteindre un revenu cible et qu'il s'attendent à avoir le train de vie de la classe moyenne supérieure. Lorsque le changement de leur mode de rémunération menace la sécurité de leur mode de vie, ils réagissent férocement ou trouvent d'autres modes de rémunération. Toutefois lorsque leur mode de vie reste stable et assuré, d'autres valeurs prédominent. Contandriopoulos reconnait lui-même les valeurs profondes auxquelles répondent les médecins comme le puissant désir d'agir au mieux pour leurs patients, de maintenir leurs connaissances et leurs habiletés à un haut niveau de compétence, d'utiliser l'équipement et les procédures les plus à jour, etc. Ces valeurs l'emportent souvent sur le revenu une fois les niveaux visés atteints."

2. Integrated Delivery Networks: A Detour On The Road To Integrated Health Care? en pdf
L'économie doit être critiquée à partir de l'économie et je vous conseille vivement cet article. Les fusions d'hôpitaux et réseaux moins "hiérarchiquement" intégrés ne sont qu'une variante des mécanismes industriels d'intégration verticale et horizontale, qui relèvent plus de croyances et d'anticipations illusoires des stratèges et managers que de données factuelles. Allergiques au management ou à l'économie s'abstenir, mais je vous le conseille. Suite sur la page Qui a peur de l'intégration des soins?

3. The core competence of the corporation Hamel et Prahalad (pour identifier les véritables produits de l'hôpital)

4. Voir la Page aporétique sur la rémunération des médecins

5. Will disruptive innovation cure healthcare?
(stratégie du choc?)


6. L'art d'ignorer les pauvres. John Kenneth Galbraith (en contexte de rationnement...) Voir aussi: IMPACT DES INEGALITES SUR LA CROISSANCE : LE ROLE DES RATIONNEMENTS FINANCIERS

« Le pouvoir étatique n'est jamais aussi habile à resserrer son étreinte sur la société civile que lorsque qu'il feint de l'émanciper des autorités qui font de l'ombre à la sienne.» Bertrand de Jouvenel - « Du pouvoir »


dimanche 7 juillet 2013

La rationalisation du rationnement ou le Nouveau Management Public réinventé par la Sécu


« Pour chaque problème, il existe une solution simple, évidente, et fausse », Henry Louis Mencken.


Dominique Dupagne, auteur de "la revanche du rameur", et animateur du site atoute.org, a tout dit et bien dit sur les effets pervers des mauvais indicateurs dans son dernier message sur la loi de Goodhart et son adaptation par Campbell, mais je me permets, ayant découvert une parfaite illustration de la loi de Mencken qu'il cite au début de son article, d'en rajouter un peu.
(on lira aussi avec profit le numéro du Tagète de Marcel JB Tardif consacré à la loi de Goodhart)

L'article de Marianne cité ci-dessous est une parfaite illustration de la loi de Mencken citée par Dupagne :

La Sécu peut rester la meilleure des assurances-maladie si... (Elie Arié)

1. Le problème : comment rationaliser le rationnement ?


« La concurrence entre financeurs  (à ne pas confondre avec la concurrence entre producteurs de soins) est  non seulement fortement inégalitaire, mais aussi plus onéreuse qu’un  financement public : c’est donc le plus mauvais de tous les systèmes. »
« En effet, selon les événements du jour, tout est prioritaire à tour de rôle, ce qui fait qu’en fin de comptes, plus rien ne l’est.»
« Sachant le coût proprement vertigineux des techniques et des traitements qui se profilent dans l’avenir immédiat, sachant le vieillissement heureux de la population et l’accroissement des exigences de qualité, il est malhonnête de laisser entendre qu’on pourra assurer tous les soins pour tout le monde à tout moment. »
« Car si le vrai  débat tourne autour de la régulation de l’offre par des mécanismes qui ne sont pas des mécanismes de marché mais par des mécanismes de rationnement, il ne peut pas être énoncé car ce dernier terme est politiquement tabou. »

2. Et la fausse solution : la technocratie pseudo-marchande du New Public Management

« L’avantage des mécanismes de marché c’est qu’ils contraignent les décideurs au mouvement, sous peine de mort institutionnelle. Puisque le marché, pour des raisons qui tiennent à la justice sociale, ne peut être le mécanisme dominant de régulation, il importe d’imaginer des systèmes de « sous-marché », ou de mise en concurrence efficace (sans sortir d’un financement public) par la transparence des performances et de l’efficacité de l’utilisation des moyens alloués, et sa large diffusion auprès des assurés : parce que des mécanismes de rationnement ne peuvent être acceptés que s’ils sont expliqués.»

3. Mon commentaire

Le rationnement n’est pas une idée nouvelle, le Nouveau Management Public, que l’auteur porte aux nues sans toutefois le citer, non plus. En santé il n’a fait la preuve que de sa capacité à démotiver les acteurs par des faux marchés et une réingénierie néo-taylorienne dénués de sens. Partout, c’est le déploiement de hiérarchies pléthoriques et opaques chargées séparer la prétendue conception par des experts et l’exécution des soins, l’explosion d’un reporting exponentiel d’indicateurs destinés au contrôle et à la régulation. Conçus sans les partie prenantes dans le cadre d’une budgétisation par objectif et de la gestion axée sur les résultats (LOLF), ils ne disent rien de la qualité des résultats selon les professionnels et les usagers : « l’outcome », non « l’output » simple résultat de sortie de système, ni « l’impact » inféré sur la « santé-Bien être » d’une population par les sciences trop peu exactes de l’action publique. Ce beau modèle de gestion des « idiots rationnels » par les incitations crée une guerre de tous contre tous pour l’acquisition des ressources rationnées. Il transforme les organisations de santé en « arène politique » au sens de Mintzberg, contre-performante et à rebours des objectifs affichés, le juste soin au juste coût. Nous invitons M. Elie Arié à passer 24 heures avec les équipes cliniques, au contact du public qu’elles servent.

Le « choix de société » ne se limite pas au choix des experts. Selon Hayek, « Ils sont toujours sans hésitation en faveur du développement des institutions dont ils sont les experts. » Les erreurs radicales de cette « pensée managériale de marché », selon l’expression d’André Grimaldi, ne conduisent qu’à alimenter la spirale de la défiance, à accélérer la baisse tendancielle du taux de motivation et l’exit des soignants et à détruire les noyaux de compétences individuelles et collectives, le cœur des micro-systèmes cliniques qui formaient le véritable « avantage compétitif » de l’organisation de nos soins de santé.

Webographie

Elie Arié : Cardiologue, enseignant à la chaire d’Economie et de gestion des Services de santé au Conservatoire national des Arts et métiers, Elie Arié est également l’auteur de nombreuses fictions et d’ouvrages sur la santé.

2. Dominique Dupagne. Pourquoi l’évaluation/rémunération sur indicateurs ne marche pas. De la Critique de Lucas à la Loi de Goodhart

3. Numéro du Tagète de Marcel JB Tardif consacré à la loi de Goodhart

4. Lexique 'Pataclinique des effets pervers de la performance publique en santé

5. Marchandiser les soins nuit gravement à la santé Journal du MAUSS
6. Frédéric Pierru: Napoléon au pays du Nouveau Management Public

7. Gérard de Pouvourville: régulation et coordination du système de santé (septembre 2000)
"Le rationnement intelligent suppose de rechercher avec les professionnels des moyens d’information qui permettent de savoir si l’on a, ou non, exclu de façon injustifiée des personnes du système de soins, et de pouvoir alors modifier les règles. "

8. Citations d'Henry Mintzberg sur la politique dans les organisations

samedi 15 juin 2013

Quand l'austérité tue - Iatrogenèse managériale et effondrement tranquille de la qualité des soins

"Il n'y a rien de si difficile à distinguer que les nuances qui séparent un malheur immérité d'une infortune que le vice a produit." Tocqueville

Si l'austérité tue, que dire alors des politiques publiques d'ajustement et du bullshit management qui leur est asservi? - David Stuckler, Sanjay Basu, The Body Economic. Why Austerity Kills, Basic Books, 2013.
Injonction d'autonomie et parcours de santé: du Welfare state au "workfare"

Voici un remarquable ouvrage – sorti ce mois – d'un sociologue et d'un épidémiologiste américains sur les effets sanitaires délétères des politiques d'ajustement structurel ou d'"austérité", ou de "rigueur" ou tout autre mot de la novlangue techno-politique. Edifiant. A partir de l'exploitation statistique de données depuis la Crise de 1929 en passant par le collapse de l'URSS jusqu'à la Grèce aujourd'hui, il montre comment des politiques brutales de coupes dans les budgets sociaux et sanitaires laminent la santé publique et enfoncent les pays dans la crise."

1. Quelques analyses du livre sont confrontées à d'autres articles récents sur le site d'ubulogie clinique


Présentation du livre
Politicians have talked endlessly about the seismic economic and social impacts of the recent financial crisis, but many continue to ignore its disastrous effects on human health and have even exacerbated them, by adopting harsh austerity measures and cutting key social programs at a time when constituents need them most. The result, as pioneering public health experts David Stuckler and Sanjay Basu reveal in this provocative book, is that many countries have turned their recessions into veritable epidemics, ruining or extinguishing thousands of lives in a misguided attempt to balance budgets and shore up financial markets. Yet sound alternative policies could instead help improve economies and protect public health at the same time.

In The Body Economic, Stuckler and Basu mine data from around the globe and throughout history to show how government policy becomes a matter of life and death during financial crises. In a series of historical case studies stretching from 1930s America, to Russia and Indonesia in the 1990s, to present-day Greece, Britain, Spain, and the U.S., Stuckler and Basu reveal that governmental mismanagement of financial strife has resulted in a grim array of human tragedies, from suicides to HIV infections. Yet people can and do stay healthy, and even get healthier, during downturns. During the Great Depression, U.S. deaths actually plummeted, and today Iceland, Norway, and Japan are happier and healthier than ever, proof that public wellbeing need not be sacrificed for fiscal health.

Full of shocking and counterintuitive revelations and bold policy recommendations, The Body Economic offers an alternative to austerity—one that will prevent widespread suffering, both now and in the future.


2. Halte aux mensonges politiques sur les systèmes de santé.

Les Britanniques malades de leur système de santé 
(LE MONDE CULTURE ET IDEES - 13.06.2013


3. avant tout, en finir avec les mauvaises co-productions franco-américaines!


Un rapport américain tire un bilan catastrophique des politiques de santé menées outre-Atlantique
U.S. Health in International Perspective: Shorter Lives, Poorer Health  - Le rapport: http://obssr.od.nih.gov/pdf/IOM%20Report.pdf


Halte au bullshit management dans les hôpitaux, en ville, comme dans le secteur social et médico-social!

Vous n'êtes pas encore convaincus? Vous croyez au discours de légitimation de l'asphyxie de la santé par la rationalité des réorganisations gestionnaires?

Le management par l'austérité, on dira en novlangue les "plans d'efficience", se traduisent par la disparition des équipes stables, formées et motivées qui constituaient les noyaux durs des "services" cliniques, que les pompiers pyromanes n'ont de cesse de briser. La loi HPST a fait des directeurs de véritables tyranneaux, tout puissants vers le bas et impuissants vers le haut face aux nouvelles agences. Aucun contre-pouvoir, garde-fou ne vient plus limiter l'infantilisation managériale, la novlangue hallucinée qui tente de nous hypnotiser et d'endormir notre vigilance critique la plus élémentaire, le déploiement du couple infernal intégration - processus cher à François Dupuy, les injonctions paradoxales qui font vivre tous les soignants dans le cauchemar quotidien de l'hyper-rationalisation technocratique.

Henry Mintzberg a parfaitement décrit comment le fait de placer des MBA à la tête d'une introuvable ré-ingénierie des soins, alors qu'ils ne connaissent pas intimement les procédés de travail, conduit au triste jeu de chaises musicales entre managers d'hôpitaux. "Tout est contrôlé et rien n'est sous contrôle." (F. Dupuy)

Les lois et textes de 1991, 1996, Mattéï et Bachelot n'ont eu de cesse transformer la "bureaucratie professionnelle" en un hybride de bureaucratie à la fois mécaniste (les processus, résultats affichés de la prétendue ouverture des "boites noires" que la fonction de production pourra dès lors "intégrer") et divisionnelle (les pôles et les contrats), centrée sur des résultats définis et évalués d'en haut par le sommet stratégique. Réduits au simple rôle d'exécutants de politiques de santé conçues ailleurs, tout comme les médecins hospitaliers, le droit de dire les besoins et la planification sanitaire ayant été transférée aux SROS, les directions ne savent ne savent que fermer les robinets financiers, en feignant d'organiser des "filières de soins" qui ne sont guidées que par des logiques de survie ou d'expansion. Mais n'est-ce pas après tout ce que leur demande le New Public Management, le rôle qui leur est assigné pour la performance publique?
En réalité, communautés médicales d'établissements et directions d'établissements n'ont plus rien à dire sur la réponse aux besoins de soins dans leur territoire. La "démocratie sanitaire" n'est alors que la légitimation gestionnaire de la dépossession démocratique et du déni de citoyenneté. Jamais les professionnels n'ont à ce point été écarté des sources d'information, de la gestion, des processus de décision. Jamais ils n'ont eu si peu d'autonomie dans des décisions cliniques chaque jour plus polluées par des choix tragiques imposés. "Sois rentable" dit-on au producteur,  mais "travaille en réseau dans l'intérêt patient" dit-on à l'acteur.

"Aie confiance, souris et sois complice" nous demandent-ils, à nous autres médecins et autres soignants, devenus petits "producteurs" de soins au service de logiques économiques et sociales de santé publique qui sont censées nous échapper. Voir "la performance publique pur les nuls".


Plus encore... avec le Kit d'ubulogie clinique

L'effondrement tranquille de la qualité des soins

Iatrogenèse managériale

Le grand désenchantement de la médecine

Opinions et croyances en économie de la santé

Oui, il existe un bon management, quand il n'est pas asservi à un ajustement inconséquent:

Gérer autrement l'organisation et sa performance
(Site de Marcel JB Tardif)

"A mesure que le mouvement actuel de la civilisation se continuera, on verra croître les jouissances du plus grand nombre ; la société deviendra plus perfectionnée, plus savante ; l'existence sera plus aisée, plus douce, plus ornée, plus longue ; mais en même temps, sachons le prévoir, le nombre de ceux qui auront besoin de recourir à l'appui de leurs semblables pour recueillir une faible part de ces biens, le nombre de ceux là s'accroîtra sans cesse. On pourra ralentir ce double mouvement : les circonstances particulières dans lesquelles les différents peuples sont placés précipiteront ou suspendront son cours ; mais il n'est donné à personne de l'arrêter. Hâtons-nous donc de chercher les moyens d'atténuer les maux inévitables qu'il est déjà facile de prévoir ". Tocqueville


Webographie sur le "Bullshit management"

Mortel management
http://www.mortelmanagement.com/mortel-management/

"Faits et foutaises en management." Jeffrey Pfeffer ET Robert Sutton
http://faitsetfoutaises.blogspot.fr/

Faits et foutaises dans le management est paru aux Etats-Unis sous le titre "Hard Facts, Dangerous Half-Truths and Total Nonsense", en 2006. Jeff Pfeffer et Bob Sutton l'ont donc écrit avant la rédaction d'Objectif Zéro-sale-con par Sutton.
Les incitations financières affaiblissent la motivation
http://www.journaldunet.com/management/0711/faits-foutaises-management-sutton-pfeffer/5.shtml


Attention ce ne sont peut-être que des "transgresseurs contrôlés" ou des "mutins de Panurge" prêts à nous vendre d'autres balivernes. Il faut regarder ce qu'il racontent sur leur site d'evidence based management
http://evidence-basedmanagement.com/

Voir aussi "Bullshit management" (Jos Verveen)
http://www.financemanagement.be/le-management-cest-bullshit/

Bullshit generator (étonnant...)
http://cbsg.sourceforge.net/cgi-bin/live

Et bien sur De Gaulejac: Management, les maux pour le dire
http://www.ceras-projet.org/index.php?id=5261

dimanche 26 mai 2013

Vous avez dit parcours de soins? Le patient, le soignant et le gestionnaire


"La parole dépourvue de sens annonce toujours un bouleversement prochain. Nous l'avons appris. Elle en était le miroir anticipé." René Char

Le parcours de soins: nouvelle entrée du dictionnaire de 'Pataclinique


Le nouveau mot valise de la novlangue gestionnaire, c'est bien sûr le "parcours de soins". Ce formidable buzzword, nouvelle entrée dans le dictionnaire de 'Pataclinique, est promu par les réformateurs avec les mêmes méthodes de pédagogie technocratique voire de propagande totalitaire que celles qui ont été auparavant utilisées pour les "filières" et les "réseaux".
La filière pouvait se définir avec Michel Frossard comme une "une trajectoire d’une personne ou d’un patient dans un réseau ou un ensemble intégré ; cette trajectoire est légitimée, soit par l’état des connaissances scientifiques, soit par l’expérience professionnelle, soit par des logiques réglementaires ou tarifaires."
Personne ne peut être contre l'intégration des parcours de soins. Ce mot étant assez intuitif, comme tous les buzzwords, il est des plus dangereux car chacun hésite à en faire préciser une définition exacte. Nul ne peut se faire le champion de la fragmentation, de l'égoïsme individuel ou institutionnel, des gaps dans les prises en charge. Mais on sait aussi en bon management qu'un concept qui n'a pas d'opposé dialogique est insignifiant.
Tout au plus, ceux qui ont fait un peu de management sérieux, rappelleront qu'une organisation est un juste équilibre entre différenciation et intégration et que cet équilibre dépend de multiples facteurs de contingence, loin de tout modèle unique (Mintzberg). No best way.

Notons que la description du "parcours" définie plus bas selon la terminologie imposée par les ARS et la HAS, ne fait que reprendre la dimension d'organisation intégrée, c'est à dire en clair, plus hiérarchique et/ou plus "incitative" de la" filière". La filière est un avatar de la représentation "organique" de l'organisation, toute orientée  vers l'asservissement de ses "cellules de production", sans parler de ses patients, tout à la fois clients et produits, à sa survie, sa renommée, son efficience et son expansion. Un parcours ne signifie pas implicitement  "financement au parcours", synonyme de "financement par épisode de soins", qui est un paiement prospectif prenant en compte pour des "maladies chroniques" le séjour en aigu, un éventuel passage en secteur SSR et une partie ambulatoire avant ou après le segment hospitalier. 
La boire boite noire idéologique de cette définition du parcours, dont la fonction est de masquer la recherche d'ajustement des dépenses derrière le prétexte d'une "qualité" définie d'en haut par les experts de  l'action publique, c'est à l'évidence qu'on va réorienter l'allocation des ressources depuis les "soins", sur lesquels on centrait - imbécilement doit on comprendre - la prise en charge des malades,  vers la prévention et "l'accompagnement social", dimensions explicitement différentes du "soin" dans cette définition conforme à la fragmentation bureaucratique bien française entre prévention soins, et social. Voilà le "soignant", médecin ou non, ravalé au rang d'indécrottable producteur d'une chaîne conçue par un ingénieur de process dans laquelle il est définitivement myope de l'intérêt du patient qui pourtant lui fait confiance. On lira avec intérêt l'article du JAMA diffusé par André Grimaldi et qui nous permet de confirmer notre opinion sur  "SOPHIA" et les illusions fumeuses de ce type de "disease management". Nous attendons l'équivalent pour le "PRADO" et la nouvelle "sortologie", bref pour  tous ces modèles de coordination et de contrôles externes par lesquels les nouveaux gardiens du temple excluent les professionnels de l'hôpital après leur avoir abusivement imputé des maux que leurs croyances y ont importé sans relâche depuis des décennies.
Comme la T2A, le paiement au parcours repose sur la définition de groupes homogènes de "cas", mais construits ici sur la durée d'un "épisode" et non plus d'un séjour. Les organisations publiques ou privées qui les gèrent seront mises en concurrence dans l'espoir d'un gain d'efficience selon le principe de la compétition régulée (yardstick competition). Ce modèle de compétiton pseudo-marchande, certes plus que douteux du fait de ses multiples effets pervers, n'est de toutes façons pas appliqué en France puisqu'il est percuté en permanence par les logiques verticales de santé publique issues des agances et par la constitution non régulée des trusts d'établissements. Bref, c'est le triomphe de la logique du payeur sur le fournisseur de soins, qui devient marchand sans pouvoir réellement l'être, et sur les malades qui trinquent de toute cette incurie. Ils supporteront tous les risques de ce modèle de faisabilité politique de l'ajustement grâce auquel Machiavel l'emporte enfin sur Hippocrate. 

C'est vrai que personne, depuis des années,  n'avait pensé à la "prise en charge globale des patients", ni à s'intéresser à ce qui se passait avant l'entrée ou après la sortie de l'hôpital, jusqu'à l'intronisation de nos nouveaux  ingénieurs des parcours, armés de leurs modèles numérique et leurs bed managers! Personne, curieusement, parmi tous les "rameurs" de terrain,  ne s'était aperçu de la transition épidémiologique, ni des problèmes posés par la chronicité, ni du vieillissement, ni des polypathologies, ni du handicap, ni de la fameuse "complexité bio-psycho-sociale". Personne parmi nous autres, toujours décrits soit comme petits techniciens d'organes, soit encore comme tuyaux d'orgues vivants et dominateurs de la médicalisation de la société, notamment pour les disciplines aux prétentions intégratrices et holistiques,  n'aurait donc eu l'idée de prôner "le bon patient au bon endroit au bon moment" et au meilleur coût. Que c'est beau la science de l'action publique, et comme il est séduisant l'angélisme exterminateur! Le mensonge en politique a de beaux jours devant lui selon 'Hannah Arendt.

Pendant ce temps on continue à supprimer les assistantes sociales dédiées à nos unités cliniques. Qu'a-t-on encore besoin, pour notre belle énarchie de santé publique, de ces travailleurs sociaux en secteur sanitaire, avec l'arrivée de ces nouveaux gestionnaires de lits et des nouveaux logiciels d'orientation aux ubuesques groupes du logiciel "Trajectoire",  si "pifométriques" quant à l'estimation des besoins de soins d'aval? Ces balivernes nous ridiculisent face aux travaux étrangers sur les systèmes de classification et d'orientation des patients. Nul doute que les saintes data de "Trajectoire", seront largement exploitées par les cartographes de la santé numérique et les satrapes de la "pertinence des soins", alors que, dépourvues de tout modèle robuste de classement, elles sont renseignées à la va-vite depuis les soins aigus par un étudiant, une secrétaire, une infirmière, un cadre, parfois encore un médecin senior ou une assistante sociale, souvent incités à la recherche, non du "mieux disant", mais du répondeur le plus rapide. Le PMSI est à coté de Trajectoire un modèle de rigueur conceptuelle, de méthodologie et d'exhaustivité. Rappelons que dans la plupart des régions, la coordination en aval de l'aigu se résume au logiciel "Trajectoire" ou équivalent (cf présentation de Monique Viguier)

"Parcours de soins, parcours de santé, parcours de vie (définition des ARS)

Les parcours sont l’organisation d’une prise en charge globale et continue des patients et usagers au plus proche de leur lieu de vie. Cet objectif est imposé essentiellement par la progression des maladies chroniques. Il nécessite une évolution de notre système de santé historiquement centré sur le soin vers une prise en charge plus complète des individus.
  
Selon la propagande officielle, les acteurs n'avaient bien entendu jamais pensé à travailler ensemble pour un objectif commun. Jamais les crétins sphériques que nous sommes, nous autres petits producteurs de soins,  n'aurions pu penser seuls à une prise en charge holistique plus vaste que le simple "soin". Et voici que la nomenklatura des experts , la "bande au Pr. Nimbus de Brassens", s'est mise à tracer les cieux d'alignements et les territoires d'agences, avec l'objectif affiché de décloisonner et faire coopérer, à coups d'injonctions technocratiques, de "machins" gestionnaires, et d'enveloppes financières de coordination, les professionnels et les structures. Ces pompiers pyromanes, si fascinés qu'ils sont par la rationalisation managériale et par le mythe du marché efficient, oublient seulement que la concurrence régulée qu'ils ont voulu instaurer et qui ne peut être en réalité guidée que par une implacable  volonté politique d''arraisonnement technique de la médecine n'a cessé de développer partout la sombre guerre de tous contre tous prônée par les économistes orthodoxes. Certes le "petit magicien" professionnel a aussi sa part de responsabilité dans la spirale de la défiance qui aboutit à cette grande gidouille étatique-corporatiste à la française.

La filière est un terme économique, comme le rappelle Michel Frossard. Il fait essentiellement référence à la filière intégrée de Michael Porter qui permet de plaquer en santé le modèle de la "chaîne de valeur" de l'entreprise sur celui de "fonction de production" du système de soins, comme sous-système du management public. Ainsi se déploie, en toute beauté, le fameux couple intégration-processus décrit par François Dupuy dans "Lost in management". Dans l'industrie on distingue pourtant la "filière de production" (proche de la "filière inversée" de Galbraith) où l'amont définit les produits selon ses besoins, et la "filière consommateur" où la production est adaptée, en principe, aux besoins du "client". La filière suppose une intégration verticale visant l'efficience, qui s'apparente le plus souvent à une prise de contrôle de type hiérarchique et une direction par objectifs déclinée par le management stratégique. 
La tarification à l'activité incite, sans la régulation des "collusions" pourtant prévue par le modèle, à la constitution de verticalités de groupes (publics ou privés) pour s'y adapter. Ceci aboutit à des "filières internes" amont aval, en flux poussés par l'explosion des urgences hospitalières, qui vont à rebours des objectifs de santé des agences régionales. Citons l'exemple des malades AVC de plus en plus privés de réadaptation à l'AP-HP quand ils nécessiteraient, conformément à l'état de l'art, 3 heures de réadaptation quotidienne en milieu médical spécialisé en neuro-réadaptation (la réadaptation est une fonction clinique résolument ignorée en France). Les filières de groupes, SAU centrées, s'opposent frontalement aux logiques territoriales de filières neuro-vasculaires qui ont de moins en moins d'aval fonctionnel en secteur post-aigu, ni en termes de qualité ni en termes d'efficience, dès que les malades qui n'y sont pas "rentables" restent captifs des groupes hospitaliers publics où les effectifs et plateaux techniques de réadaptation s'effondrent dans l'indifférence générale. La multiplication des pertes de chances n'a d"égale que le désintérêt et l'inaction des pouvoirs publics malgré les incantations officielles et les circulaires relatives à certaines priorités de santé.
Ajoutons enfin, qu'au stade des soins post-aigu, qu'ils soient de SSR ou ambulatoires, l'emphase sur certaines filières de soins, décrites comme priorités de santé publique, se fait au détriment de domaines tout aussi importants mais curieusement absents d'un'agenda des politiques de santé de plus en plus incohérent vu d'en bas. Ainsi en va-t-il  des affections de l'appareil locomoteur, contre toute évidence épidémiologique notamment quant aux besoins de réadaptation et d'accompagnement social. 

Le réseau est un terme beaucoup plus général et interdisciplinaire qui implique la description graphique de "nœuds" représentant des acteurs et structures qui font système et entre lesquels circulent des biens, information et / ou services, la circulation étant symbolisée par des "arêtes". Le réseau existe toujours déjà, plus ou moins formalisé, sous forme d’organisation intermédiaire entre le marché et la hiérarchie. Son pilotage peut-être centralisé, ou décentralisé, sa circulation en "arbre" à chemins uniques ou en "web" à chemins multiples. Il repose sur des valeurs partagées en vue d'objectifs communs, dans une représentation commune de la qualité des résultats cliniques. La régulation générale d'un système incite plus ou moins les acteurs d'un réseau à coopérer mais elle peut s'avérer très contre-productive sur la coopération réelle. Dans les réseaux "d'en haut", une mauvaise acception réglementaire des concepts du réseau, comme dans l'exemple du terme de "guichet unique", peut aussi créer de dramatiques goulots d'étranglement comme dans le cas des maisons départementales des personnes handicapées (MDPH).
Nous ne reviendrons pas dans le cadre de ce billet sur le concept de réseaux de soins coordonnés, avatar de la médecine prépayée, ni sur ses liens avec le managed care et la managed competition, qu'on pourra trouver sous ce lien. Le lecteur attentif gagnera toutefois à lire sous les liens suivants les articles d'André Grimaldi et Frédéric Pierru. 1. La généralisation de la complémentaire santé d’entreprise : une avancée sociale ou un nouveau recul programmé de la Sécurité sociale ? ; 2. Solidarité ou business? Lettre ouverte au mouvement mutualiste)

La médecine est malade de la gestion et de ses modèles, comme en témoigne, s'il en était encore besoin, la récente  lettre de Nicole Delépine au ministre de la santé, mais la promotion étrange des plus malhabiles de ces modèles, des plus dépourvus de données factuelles, n'est que l'instrument de la politique d'ajustement des dépenses de santé. Et si l'on cessait de détruire les réseaux réels et les noyaux de compétences collectives, certes toujours imparfaits et fragiles, que nous avons si patiemment construits "d'en bas" au service de nos patients? Les buzzwords ne sont que de outils, plus ou moins utiles ou néfastes selon qui les manie. Il ne faut pas les rejeter mais il faut les détourner, les investir, afin de mettre à l'agenda politique ce que nous pensons, non sans arguments forts, être les vrais problèmes de nos patients, face à des modes managériales démunies de toute donnée factuelle, d'evidence based management. A nous de remplir de sens ces coquilles vides, ces "mots valises" pour une plus juste politique de soins de santé. Mais il faudrait d'abord cesser de ne faire représenter les bâtisseurs d'en bas, notamment les disciplines et professions structurantes des activités réelles par les seules fédérations hospitalières et par les nouvelles conférences de médecins gestionnaires.  Leur carte n'est pas le territoire. Elle en est même de plus en plus éloignée. Leurs catégories managériales, leurs représentations de ce qu'ils définissent comme fonctions cliniques ne sont pas les activités réelles construites au contact du public que nous servons.

Nul ne peut être contre la régulation, ni contre la performance au sens de la recherche du juste soin au juste coût, ni contre la définition d'une politique publique de santé avec les parties prenantes, mais il faut d'urgence en finir avec cette effroyable novlangue gestionnaire, avec ce cauchemar de l'hyper-rationalisation technocratique qui ne cesse d'accroître l'infantilisation managériale des professionnels de santé, des usagers et des élus.

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Note
*Restructurations, pression sur les lits d'hôpital et nouvelles verticalités de groupe
« Celle-ci (la capacité de recomposition) a été parfois mise en avant pour justifier le statut spécifique de l'AP-HP. De fait, le mode d'organisation fédératif est porté par son temps. Il rejoint les perspectives portées par la Fédération Hospitalière de France d'une "stratégie de groupe" pour l'hôpital public alors que les regroupements se généralisent, que ce soit au sein de l’hospitalisation privée à but lucratif (la Générale de Santé...) , des hôpitaux mutualistes (les 51 établissements du groupe hospitalier de la Mutualité française), ou des établissements de soins de suite et d'hébergement médicalisé pour personnes âgées (le groupe Korian et ses 36 établissements en Île-de-France, la Fondation Caisse d'épargne pour la Solidarité). Vont s'y ajouter prochainement les Communautés hospitalières de territoire (CHT) promues par le loi HPST (Hôpital, patients, santé et territoires) du 21 juillet 2009 et qui devraient regrouper dans les territoires de santé, en Île-de-France comme ailleurs, les établissements publics de santé.»  *"L'AP-HP" par Marc Dupont et Françoise Salaün Ramalho, collection Que sais-je, PUF, page 123 et 124

Dans la conclusion d'un célèbre article sur la "yardstick competition" Shleifer explique que pour éviter les effets pervers des incitations du modèle, les seules solutions sont le contrôle des "déviants", la punition et... la prévention de trusts ou quasi trusts verticaux (complicated collusive strategies)

Webographie

1. Voici la terminologie officielle des ARS issue de celle de la Haute autorité de Santé sur les parcous de soins

2. Lettre ouverte du Dr Nicole Delépine à Mme le Ministre de la Santé contre l’asphyxie accélérée de l’hôpital

3. La valse européenne des médecins: http://www.monde-diplomatique.fr/2011/05/CHEBANA/20448

4. Un article du JAMA diffusé par André Grimaldi et qui nous permet de confirmer notre opinion sur "SOPHIA"
Effects of Care Coordination on Hospitalization, Quality of Care, and Health Care Expenditures Among Medicare Beneficiaries15 Randomized Trials Deborah Peikes, PhD; Arnold Chen, MD, MSc; Jennifer Schore, MS, MSW; Randall Brown, PhD. JAMA. 2009;301(6):603-618. doi:10.1001/jama.2009.126.

5. Sur les complémentaires santé et la déconsruction de la solidarité: André Grimaldi et Frédéric Pierru